Présidentielle américaine

Un misogyne peut-il accéder à la Maison-Blanche?

Le candidat républicain Donald Trump multiplie les scandales au sujet des femmes qu’il décrit en termes vulgaires. Il se dit prêt à ressortir le scandale Monica Lewinsky. Dans son camp, c’est la panique. Pour Hillary Clinton, c’est du pain bénit même si la démocrate peine à convaincre une partie de l’électorat féminin

Un misogyne peut-il conquérir la Maison-Blanche? Depuis qu’il a lancé sa campagne présidentielle en juin 2015, Donald Trump n’en finit pas de susciter la polémique au sujet des femmes. La dernière en date a été habilement suggérée par celle qui pourrait devenir la première femme présidente des Etats-Unis, Hillary Clinton. Lors du premier débat présidentiel qui s’est tenu lundi à la Hofstra University à Long Island, la candidate démocrate s’en est prise à son rival républicain. Elle a relevé que Donald Trump avait appelé Miss Univers 1996, Alicia Machado, du Venezuela, «Miss Piggy (Piggy la cochonne)» et «Miss Housekeeping (Madame femme de ménage)» quand il possédait encore l’organisation qui organisait ce concours de beauté.

Peu de temps après la compétition, la jeune femme, qui avait connu des problèmes d’anorexie et de boulimie auparavant, avait pris un peu de poids. Pour Donald Trump, c’en était trop. «C’est une machine à manger», avait-il déclaré à un journaliste. Il avait même invité des journalistes à venir la voir dans une salle de fitness. Vendredi dans la matinée, le candidat républicain à la succession de Barack Obama twittait, laissant entendre que Hillary Clinton s’était fait tromper par Alicia Machado et que cette dernière se serait mise en scène dans une vidéo X. Un fait non avéré.

Hillary Clinton ne pouvait pas espérer mieux. Donald Trump est tombé dans le piège qu’elle lui a habilement tendu. Peinant à convaincre une partie de l’électorat féminin, en particulier les femmes vivant dans des zones résidentielles et républicaines ainsi que les jeunes, l’ex-secrétaire d’Etat se voit contrainte de redoubler d’efforts. Représentant près de 51% de l’électorat, les femmes jouent un rôle fondamental lors des présidentielles.

Des précédents

En 2012, Barack Obama a dû en partie sa réélection à l’électorat féminin dont il avait remporté 56% des votes contre 44% pour Mitt Romney. Il y a quatre ans, jamais l’écart de genre n’avait été aussi important puisque le républicain remportait le vote masculin par 54% contre 46% pour Barack Obama. En 2016, Hillary Clinton a d’autant plus besoin d’un vote fort des électrices qu’elle accuse un retard substantiel sur Donald Trump auprès des hommes blancs dont le poids électoral diminue, mais reste néanmoins important.

Le problème du tribun new-yorkais avec les femmes ne date pas d’aujourd’hui. Au cours des primaires républicaines, la candidate Carly Fiorina avait eu droit à ce commentaire du milliardaire new-yorkais dans le magazine Rolling Stone: «Regardez ce visage. Est-ce que quelqu’un pourrait voter pour ça?» En plein débat télévisé, il avait aussi vertement critiqué l’animatrice Megyn Kelly, qui lui avait posé des questions dérangeantes. Pour exprimer son mépris envers la journaliste de Fox News, il avait fait allusion à ses menstruations.

A d’autres occasions, il avait pour obsession de critiquer le poids de certaines femmes, appelant l’actrice Rosie O’Donnell une «grosse truie». La chanteuse Jennifer Lopez et la star de la téléréalité Kim Kardashian ont également eu droit à une diatribe quant à leur silhouette. Son modèle en la matière, c’est sa propre femme, l’ex-mannequin Melania Trump qui, à en croire le magnat de l’immobilier, «avait déjà perdu tout le poids» dû à sa grossesse quelques semaines seulement après l’accouchement.

Aujourd’hui, les «surrogates», les porte-parole du républicain, se voient contraints de justifier l’injustifiable sur les plateaux de télévision. A la convention républicaine de Cleveland, plusieurs membres de la famille Trump, en particulier la fille Ivanka, avaient jugé nécessaire de dire à quel point son père aimait les femmes. Un Donald Trump qui déclarait un jour: «Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression de faire ressortir le meilleur et le pire des femmes.»

Effets boomerang

A moins de quarante jours de l’élection présidentielle, c’est pourtant la panique dans le camp Trump. Le candidat compte ressortir de vieilles histoires relatives aux infidélités de Bill Clinton, notamment le scandale de Monica Lewinsky, la stagiaire avec laquelle il avait eu une liaison et qui avait été à l’origine de la tentative de destitution du président démocrate. Il entend ainsi montrer que Hillary Clinton avait mal traité les femmes avec lesquelles son mari l’avait trompée. La stratégie de Donald Trump pourrait produire un effet boomerang. L’homme d’affaires pourrait inciter le camp démocrate et les médias à revisiter son passé de play-boy et ses deux divorces qui, à l’époque, avaient fait les titres des tabloïds.

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