Un peu plus d'un mois après l'accession au pouvoir d'Ehud Barak, le processus de paix est toujours au point mort. Dans son discours d'investiture, le premier ministre travailliste avait pourtant promis de rétablir un «climat de confiance», d'aller sans détour vers un règlement définitif, mais il n'a réussi qu'à raviver l'inquiétude des Palestiniens. Ceux-ci constatent à la fois son refus de démanteler ne serait-ce qu'un seul des 42 points de colonisation établis à la hâte en Cisjordanie par le gouvernement israélien précédent et ses «tergiversations» à appliquer les accords de Wye Plantation. C'est ainsi que le président Arafat s'en est pris vertement au premier ministre israélien, l'accusant de vouloir renégocier les accords de Wye sans tenir compte des engagements ultérieurs d'Israël. Yasser Abdel Rabbo, ministre palestinien de l'Information, se montre tout aussi déçu: «Ehud Barak continue dans la voie de Benjamin Netanyahou.»

Lors de leur rencontre à Erez, au point de passage entre Israël et Gaza, MM. Barak et Arafat s'étaient donné deux semaines pour examiner la proposition israélienne de report de la troisième phase du retrait israélien prévu par les accords de Wye. Les deux semaines se sont écoulées, mais les discussions israélo-palestiniennes n'ont abouti à rien. Selon un responsable palestinien qui s'exprimait hier soir sous couvert de l'anonymat, Yasser Arafat a accepté que le prochain retrait israélien de Cisjordanie se déroule en octobre, mais insiste pour que le gouvernement d'Ehud Barak suive ensuite le calendrier prévu dans l'accord de Wye. Selon ce responsable, Mahmoud Abbas, le numéro deux palestinien, également connu sous le nom d'Abu Mazen, a transmis ce message du président de l'Autorité palestinienne à Ehud Barak lors d'une rencontre lundi soir. Si Yasser Arafat était d'accord pour que l'application de l'accord de Wye reprenne au 1er septembre, il refusait pour l'heure que la deuxième étape du retrait israélien prévue par l'accord ne commence qu'au 1er octobre.

Pour sa part Bernard Sabella, politologue et professeur de sociologie à l'Université de Bethléem, s'étonne des sentiments d'étonnement et de déception des dirigeants de l'Autorité palestinienne. «Le processus de paix s'annonce long et semé d'embûches. Ceux qui misent sur des solutions miracles, ceux qui s'attendent à un règlement obtenu en un tour de main, doivent évidemment déchanter», dit-il. Toutefois Bernard Sabella avoue se poser lui aussi des questions concernant les hésitations d'Ehud Barak: «Il a été élu sur la base d'un programme politique orienté vers la paix. J'ai donc du mal à comprendre d'où viennent ses réticences. En tant que Palestinien, j'espérais qu'Ehud Barak serait aussi bien un visionnaire qu'un homme d'action capable de mettre en œuvre une politique de paix avec le monde arabe. Mais il n'est ni l'un ni l'autre. Cependant, même en marchant à reculons, les responsables israéliens devront finir par s'entendre avec les Palestiniens. Ils n'ont pas d'autre choix.» Bernard Sabella ne croit pas à une situation de divorce possible entre Palestiniens et Israéliens, à une séparation des deux peuples, comme le préconisait Yitzhak Rabin, et comme semble le vouloir Ehud Barak: «C'est simplement impossible! Tout pousse à une intégration économique des pays de la région. Ce serait illusoire de faire la paix si Israël demeure la seule oasis de richesse dans un désert de pauvreté.»

Le jour même où Bernard Sabella tenait ces propos, les organisations palestiniennes du front du refus s'étaient réunies lundi à Damas pour rejeter toute forme de dialogue avec l'Autorité palestinienne. Ces organisations dénient à Yasser Arafat le droit de modifier la Charte palestinienne. Elles lui reprochent de ne plus se préoccuper des centaines de milliers de réfugiés encore parqués dans des camps au Proche-Orient, notamment au Liban où ils sont quelque 200 000. Le droit au retour est la condition sine qua non posée par les organisations du Front du refus pour cautionner les choix politiques d'Arafat. «Il ne peut y avoir de règlement pacifique dans la région sans une solution du douloureux problème des réfugiés», estime également Bernard Sabella.