Il y a juste un mois, le 12 janvier, 16h53 locale. Ce vendredi sera jour de deuil national, indique Le Nouvelliste, le seul journal haïtien qui parvienne a alimenter tant bien que mal son site Internet: «Les services publics, les écoles, le commerce et l’industrie chômeront le vendredi 12 février 2010. Les autorités haïtiennes ont décrété cette journée fériée et chômée pour honorer la mémoire des innombrables victimes du séisme du 12 janvier. Ce même jour, les chrétiens, toutes tendances confondues, lanceront leurs trois journées de prière et de jeune qui débuteront dès 6 heures du matin.»

Empêchés de paraître, deux des journaux haïtiens – Le Nouvelliste, donc, et Le Matin – bénéficient de l’accueil numérique du Courrier International. Après avoir consacré plusieurs pages à des articles envoyés par les journalistes des deux titres, le magazine français continue d’en publier sur son site. Le texte de ce reporter du Matin, par exemple, racontant froidement: «Actuellement, tout se vend ou mérite pourboire: un sourire pour une photo auprès d’une montagne de détritus, la confession et la visite de votre propre inénarrable misère, une information sur la dernière rue à contourner pour trouver tel immeuble important effondré ou tel bureau public encore fonctionnel.»

Il veut évoquer le cas des enfants enlevés par une ONG américaine, et commente: «La bonne société haïtienne peut bien s’émouvoir et s’indigner, la communauté internationale ne fait que s’appuyer sur la corruption qui règne dans le pays, sa vénalité, son amoralité – en vérité, son désespoir.»

Du Matin aussi, un autre article relate la montée en puissance des comités de quartier, régnant sur leur zone, mais aidant aussi les survivants en organisant l’acheminement des vivres et des médicaments, ainsi que le déblayage des gravats. «En plus des démarches pour trouver de l’aide humanitaire, les comités assurent l’assainissement de leur quartier, palliant ainsi la défaillance des services publics.»

RFI, de son côté, note que «dans les rues du centre-ville, la vie commence à reprendre son cours, les «taps taps», les autobus locaux, et les taxis circulent, les marchands ambulants ont refait leur apparition mais devant les bâtiments très inclinés ou fissurés, la population ne s’attarde pas.» Et il est une autre crainte qui se fait jour: «L’arrivée de la saison des pluies, dans quelques mois, est redoutée de tous dans la capitale. D’ordinaire déjà, les violents orages provoquent d’importantes inondations mais cette année plus que tout les Haïtiens redoutent les glissements de terrain et l’effondrement de ces bâtiments lourdement fragilisés par le séisme.»

Face aux défis de la reconstruction, et aux futures menaces de la météo, les journalistes haïtiens qui parviennent à se faire entendre, ou lire, frappent par leur doute à l’égard de leur gouvernement. Dans l’un des articles publiés par Courrier International, Le Nouvelliste jugeait que «hier, alors qu’il était bien installé dans des immeubles confortables, le gouvernement haïtien avait déjà du mal à faire fonctionner l’appareil d’Etat. Aujourd’hui, après le puissant séisme du 12 janvier, il ne peut plus faire grand-chose.»

Publié depuis les Etats-Unis, l’hebdomadaire Haïti Liberté se fait acerbe: «Le chef de l’Etat haïtien, est rageusement critiqué par de nombreuses couches de la population sinistrée pour son cynisme face à la grande détresse généralisée.»

Du Québec, une opinion publiée par La Tribune se veut toutefois plus apaisante, et plus pragmatique: «Haïti est donc un monde à reconstruire qui coûtera autant d’argent que de sacrifices aux Haïtiens ainsi qu’aux aidants humanitaires. Il ne faut pas oublier que ce pays se doit de se reconstruire sur une fondation axée sur ses besoins plutôt que ses désirs, sur une réflexion profonde plutôt que sur la spontanéité contrôlée par une angoisse nationale. Je crois donc qu’un comité de vérification devrait être mis sur pied, mais que le pays devrait être contrôlé par son propre gouvernement, car ce dernier doit évoluer au même rythme que son peuple afin de reprendre un certain contrôle de la situation.»

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