Dix-sept ans après l'attaque au gaz de la ville kurde irakienne d'Halabja, un Néerlandais accusé de complicité de génocide pour avoir fourni des produits chimiques au régime de Saddam Hussein a comparu pour la première fois vendredi pour ces crimes. Frans Van Anraat, un négociant de 62 ans, a été arrêté le 7 décembre 2004 aux Pays-Bas au moment où il était sur le point de s'enfuir. Ses avocats affirment qu'il était protégé par le ministère de l'Intérieur et les services de renseignements (AIVD) néerlandais.

Outre l'attaque d'Halabja, qui fit plus de 5000 morts en une journée, le procureur l'accuse d'être complice de plusieurs attaques au gaz dans le nord de l'Irak, mais aussi en Iran, en 1987 et 1988. L'audience de vendredi, qui s'est déroulée devant le tribunal de La Haye réuni exceptionnellement dans une salle de haute sécurité de Rotterdam (sud-ouest), visait à faire le point de l'enquête. Le procès en lui-même ne devrait débuter qu'à partir du 21 novembre.

Survivants

Des dizaines de Kurdes irakiens, turcs ou iraniens avaient fait le déplacement pour assister à cette première audience. Trois survivants des attaques chimiques, qui seront entendus comme témoins, étaient également présents et comptent demander des dommages et intérêts de 10 000 euros chacun.

L'accusé, qui ne s'est pas exprimé directement pendant l'audience, ne conteste pas la vente de ces produits, mais assure qu'il ignorait leur utilisation finale. «C'était simplement quelque chose que j'ai fait en passant, ce n'était pas au cœur de mes affaires», avait-il déclaré dans l'émission de la télévision qui a mis son affaire sur la place publique.

Selon l'accusation, l'homme d'affaires était à la tête de onze sociétés basées dans divers pays et qui fournissaient des ingrédients servant à la fabrication du gaz moutarde en provenance des Etats-Unis et du Japon. Visé par une enquête américaine, M. Van Anraat avait été arrêté en 1989 en Italie, mais il avait fui vers l'Irak où il est resté jusqu'à l'attaque de la coalition conduite par les Etats-Unis en 2003, date à laquelle il s'est réfugié aux Pays-Bas.