Un huis clos lourd de questions s'est abattu depuis le cessez-le-feu du 12 août en Ossétie du Sud où l'armée russe maintient près de 4000 hommes. Mais certains faits, rapportés par les organisations humanitaires, font craindre le pire. Restés sur place, des centaines de vieillards, d'invalides ou de Géorgiens vulnérables y sont sous la menace des nouvelles autorités sud-ossètes et de leurs milices.

«La seule question qu'on leur pose est «quand partez-vous»? Et ceux qui la posent ajoutent parfois à leurs paroles des pierres, des coups de crosse ou pire», confirme au Temps un responsable humanitaire. Lawrence Sheets, un ex-journaliste de la BBC désormais chercheur pour l'International Crisis Group, va plus loin: «Ce qui nous parvient rappelle le conflit des Balkans, assène-t-il. Nous sommes en 2008. Et dans le voisinage direct de l'UE et de la Russie, un nettoyage ethnique passible de la justice internationale est peut-être en train de se dérouler.»

L'Ossétie du Sud n'est pas complètement fermée aux témoins étrangers. Des diplomates ont pu s'y rendre. Et depuis le 20 août, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) y travaille. Son président, Jakob Kellenberger, avait alors obtenu du ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, l'accès pour ses équipes, à condition de passer par la Russie via l'Ossétie du Nord. Leur mission? «Beaucoup de protection», assure Dominique Liengme, cheffe de la délégation à Tbilissi. En plus de son soutien logistique à l'hôpital républicain de Tskhinvali, le CICR a depuis lors assuré plus de 200 réunions familiales des deux côtés de la frontière, aidant surtout des Géorgiens à quitter la république séparatiste. Le Ministère russe des urgences a déployé, lui, d'importants moyens médicaux, sanitaires pour faire face à l'après-conflit. Les écoles ont ainsi pu rouvrir dès le 1er septembre.

Maisons rasées

Une épuration systématique des Géorgiens est pourtant bien à l'œuvre sous le regard des Russes qui accusent, eux, les autorités de Tbilissi d'avoir commis un «génocide» contre la population ossète. Dès le 13 août, un premier rapport d'Human Rights Watch parlait de maisons brûlées et pillées. L'exode a suivi: «Il n'y a tout simplement plus de villages géorgiens», résume un humanitaire qui en revient.

Les autorités de Tskhinvali refusant tout passage d'étrangers aux postes frontières géorgiens, tout doit être recoupé. On parle de maisons rasées au bulldozer, de fondations détruites. Des témoignages concordants confirment que des policiers russes ont forcé les habitants géorgiens à prendre des passeports russes. Alors que l'armée semble s'être tenue à distance: «Les militaires russes ont retenu la leçon de la Tchétchénie, poursuit notre interlocuteur. Ils sont plusieurs fois intervenus, en Ossétie du Sud et dans les zones adjacentes, pour faire cesser des pillages. Mais leurs patrouilles, trop peu nombreuses, n'ont dissuadé personne.»

Comment imaginer, dès lors, un possible retour des réfugiés? La pression internationale devrait, lors des pourparlers de Genève, se concentrer sur le district d'Akhalgori qui, avant le conflit, était aux mains des autorités de Tbilissi et demeure aujourd'hui hors d'atteinte des observateurs européens. «La seule solution est à terme le déploiement d'une force internationale d'interposition en Ossétie du Sud», a redit hier à Bruxelles le président géorgien Mikhaïl Saakachvili, en rappelant que son pays a déposé, à la mi-août, une plainte auprès de la Cour pénale internationale. Le rapporteur de l'OSCE sur les médias, Miklos Haraszti, a pour sa part déploré à plusieurs reprises les entraves mises aux journalistes étrangers désireux de se rendre sur place.