Le nombre de déplacés a atteint un nouveau record de plus de 50 millions en 2019, avec une augmentation de plus de 9 millions en une seule année, selon un rapport de l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), basé à Genève. «C'est sans précédent aussi bien pour les conflits que pour les catastrophes», affirme dans un entretien à Keystone-ATS sa directrice Alexandra Bilak, qui précise que près de 4 millions d'entre eux ont plus de 60 ans.

L'immense majorité, près de 46 millions, a dû fuir des violences dans 61 pays, alors que la Syrie, la Colombie et la République démocratique du Congo (RDC) sont les trois pays les plus affectés. La situation est particulièrement inquiétante en Afrique subsaharienne, dans la région du Sahel. Parmi les 50,8 millions de déplacés, environ 10% dans 96 pays ont eux été contraints de partir de chez eux en raison de désastres naturels. Pour la seule année 2019, près de 34 millions de mouvements de déplacements ont eu lieu, un record depuis 2012.

Mais la pandémie liée au Covid annonce «le pire» pour les déplacés. Le volume total va probablement s'aggraver avec la pandémie. «Si on ajoute cette crise sanitaire elle-même sans précédent et qui va infecter les plus vulnérables, on peut s'attendre à une situation explosive», s'inquiète Alexandra Bilak. Sans parler de la possibilité de nouveaux désastres dans les pays vulnérables.

Impacts secondaires préoccupants

En Syrie, au Yémen, en Irak ou encore au Burkina Faso, des Etats où les dispositifs de santé sont déjà endommagés par des années de conflits, des cas de coronavirus ont déjà été relevés. Il sera probablement impossible de savoir combien de personnes ont été infectées au total dans ces pays, en raison du nombre insuffisant de tests. Le manque de matériel laisse penser que la propagation sera importante dans certains pays, d'autant plus que ceux-ci font déjà face à d'autres maladies.

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Autre problème, les impacts secondaires seront aussi préoccupants. L'éducation dans les camps de déplacés est devenue difficile et les marchés ont fermé, limitant les possibilités pour certaines personnes d'avoir des ressources, alors que les restrictions imposées à cause de la pandémie pourraient aboutir à plusieurs conséquences désastreuses

Les pays riches pourraient être plus frileux

La directrice d'IDMC s'inquiète aussi de la diminution des possibilités d'assistance humanitaire et du scénario de gouvernements qui voudraient réduire la population des camps en raison de la menace de propagation. Dans les zones exposées régulièrement aux désastres, des évacuations, même préventives, vers des sites provisoires seront moins aisées. «On sent déjà une réticence. Les gouvernements ne peuvent pas rassembler autant de personnes» en raison du coronavirus, relève-t-elle.

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A moyen terme, les donateurs pourraient aussi être plus réticents en raison des besoins de reprise économique chez eux. D'autant plus que les pays riches ne sont pas épargnés par les défis. Alexandra Bilak, qui conseille le Groupe de haut niveau sur le déplacement interne, lancé par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, estime que la pandémie va peut-être également freiner la mobilisation internationale que cette enceinte peut apporter sur une question souvent au second plan par rapport aux migrants et aux réfugiés.