Italie

Un «non» pour écarter Matteo Renzi

La formation antisystème du Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord voient dans le référendum sur la réforme de la Constitution, dimanche, l’occasion de faire tomber le président du Conseil. Reportage à Mantoue

Les rues du centre historique de Mantoue semblent hostiles à Matteo Renzi. Le visage du président du Conseil est barré d’une croix sur de nombreuses affiches. Il s’agit de l’œuvre d’un autre Matteo. Salvini, secrétaire fédéral de la Ligue du Nord, s’est rendu jeudi matin dans cette ville du sud-est de la Lombardie.

Le chef du parti populiste de droite s’apprête à achever sa campagne contre la réforme de la Constitution voulue par le chef du gouvernement et soumise à référendum dimanche. Le Matteo démocrate suit partout le Matteo de la Lega. Le portrait barré du premier se trouve en effet aussi sur le camping-car du second. Le véhicule grimé de slogans politiques contre la réforme s’arrête à l’entrée du centre-ville. Un homme à la barbe de trois jours et aux courts cheveux poivre et sel en sort et éblouit de son coupe-vent jaune fluo les militants venus l’accueillir.

Critique contre l’Union européenne

Les premières paroles de Matteo Salvini sont contre l’Union européenne. L’Italie sera encore plus asservie à Bruxelles en cas de vote positif, assène-t-il à qui veut l’entendre, avant de se rendre dans un café non loin. Il n’est pas encore 10 heures. Le leader milanais de 43 ans est en avance, il s’accorde quelques minutes pour un petit-déjeuner.

Le texte contesté prévoit la modification du titre V de la Constitution. Le terme «province» en est supprimé et des compétences telles que l’immigration, la défense ou les finances relèvent exclusivement de l’Etat. «Il s’agit de la réforme la plus centraliste qui soit, s’insurge Matteo Salvini. Le dernier mot reviendrait à Rome, conditionnée par les contraintes imposées par l’Union européenne.»

La Lega, «une force identitaire et souverainiste»

Le secrétaire de la Ligue du Nord boit un café au comptoir tout en répondant aux questions du Temps. Matteo Renzi «ne pouvait pas imaginer pire réforme. Il s’agit de l’antithèse de l’autonomie, du fédéralisme et des identités.» Se joue dimanche rien de moins que «notre avenir et notre démocratie».

Il définit sa Lega Nord comme «une force identitaire et souverainiste voulant contrôler sa monnaie, ses banques, ses frontières, son immigration». La simple mention dans la Constitution de toute référence à l’institution européenne l’irrite. Et il va le rappeler cette fois-ci aux habitants de Mantoue, ville acquise à la gauche, en parcourant le marché dans les rues du centre. «Le régionalisme n’a plus de sens aujourd’hui», lâche un commerçant après le passage du politicien. Celui-ci ne croit plus en aucun politique, mais reconnaît à celui qui vient de lui serrer la main beaucoup de charisme.

«La seule façon de changer les choses, c’est de gouverner»

La ville de quelque 50 000 âmes se trouve au cœur de la Padanie. La Ligue du Nord est née en 1989 pour revendiquer l’indépendance de cette région courant des Alpes à l’Emilie-Romagne. Mais les ambitions nationales de Matteo Salvini, élu à la tête du parti en décembre 2013, ont élargi la formation à toute la péninsule.

Alors qu’il distribue des tracts, discute, se prête au jeu des selfies, les militants l’accompagnant brandissent des pancartes sur lesquels son nom est associé à «premier», premier ministre. Le but de cette campagne n’est pas caché. Il s’agit moins de voter contre la réforme que de «le» renvoyer «à la maison». «La seule façon de changer les choses, c’est de gouverner, explique Matteo Salvini. Il faut donc réussir à prendre une voix de plus que Matteo Renzi.»

Certains redoutent une défaite

Mais de jeunes bénévoles de la Lega locale confient leurs doutes. Plus ils écoutent et voient le chef de l’exécutif à la télévision, plus ils redoutent une défaite de leur camp dimanche. «C’est un meilleur orateur que Matteo Salvini», reconnaît même l’un d’entre eux. Ils veulent néanmoins remplacer le honni Matteo par «leur» Matteo.

Le leader lombard sait donc qu’il devra s’allier à Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi, s’il espère un jour gouverner. La Ligue du Nord n’est créditée que de 12% des intentions de vote selon les derniers sondages, soit moins de la moitié que le Parti démocrate au pouvoir. Matteo Salvini, dans son tour du marché de Mantoue, s’arrête ainsi tout naturellement au stand du parti du Caïman pour saluer et embrasser les militants.

Le Milanais ne se laissera arrêter par personne dans sa tentative de conquête du pouvoir. Pas même par le fondateur de son parti. Umberto Bossi souhaite en effet l’écarter pour faire revenir la Ligue du Nord à ses combats d’origine. Or le nom du chef actuel apparaît désormais sur tous les logos du parti. Ils habillent le camping-car l’ayant accompagné dans une tournée électorale tournée déjà vers les prochaines élections nationales.


Lire également:

Publicité