Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

Ukraine

Un nouveau pouvoir est né: Maïdan

Les révoltés sont résolus à ne pas céder le pouvoir conquis en bravant les balles la semaine dernière. Un gouvernement provisoire désigné e avec le pro-européen Arseni Iatseniouk comme premier ministre

Un nouveau pouvoir est né à Kiev: Maïdan

Ukraine Les révoltés résolus à ne pas céder le pouvoir conquis en bravant les balles

Un gouvernement provisoire désigné

Le tyran est en fuite, mais les révolutionnaires de la place de l’Indépendance, Maïdan, à Kiev, ne désarment pas. Au contraire, ils veulent jouer un rôle politique, peser sur les décisions et se constituer en force politique, quitte à réinventer la Commune révolutionnaire. Ils menacent les politiciens qui prennent leur temps pour former un gouvernement transitoire: «Rien ne se fera sans nous.» Organisés en une multitude de mouvements et de milices d’autodéfense, les manifestants sont résolus à ne pas céder le pouvoir qu’ils ont conquis en bravant les balles. Ils ont même contraint les politiciens à les consulter publiquement en landsgemeinde, mercredi soir, avant qu’un gouvernement transitoire ne soit proposé au vote du parlement jeudi.

Sur la place, les barricades et les pneus empilés se sont couverts de fleurs. Les pavés rangés en tas ordonnés semblent attendre pour être lancés sur d’invisibles forces antiémeutes, les terribles barkuts, que le parlement a décidé de dissoudre mardi, et dont les membres sont désormais introuvables. Le décor s’est figé dans l’après-coup des intenses combats de jeudi dernier. Des petits autels ont été aménagés au milieu des décombres et sur chaque stèle improvisée est accrochée la photo d’un défunt, tombé sous les balles. Les passants se signent, allument des chandelles, s’agenouillent. Une odeur s’entête, celle du brûlé, des lacrymogènes et de la poudre. Les habitants de Kiev affluent, toutes classes sociales confondues, babouchkas et marmots, fleurs à la main, pour rendre hommage aux martyrs. Comme Irina, qui n’est pas la seule à pleurer. Autour d’elle, les mines sont graves: «C’est grâce à leur courage que l’Ukraine va pouvoir évoluer. Ils ont payé de leur sang l’avenir du pays», dit-elle en ramenant sur ses cheveux blancs un fichu à fleurs.

Les hommes en treillis, organisés en centaines de brigades, se font photographier de bonne grâce avec des petits dans les bras et au milieu des familles. Ce sont des héros. Parce qu’ils ont risqué leur vie, mais aussi parce qu’ils n’étaient pas aux ordres des partis politiques. «Nous ne nous sommes pas battus pour remettre en selle les anciens opposants politiques, mais pour changer le système et la société», explique Jena, une militante.

Les trois partis principaux de l’opposition sont tombés en disgrâce. Les activistes leur reprochent d’avoir pris le train en marche. Même l’ancien champion de boxe poids lourd Vitali Klitschko, à la tête du parti Oudar («la frappe» en ukrainien), est critiqué: «Lorsque Victor Ianoukovitch [l’ancien président en fuite] a prétendu vouloir partager le pouvoir, Klitschko s’est rué pour obtenir des faveurs. Il a été le premier à vouloir négocier, même contre l’avis de Maïdan», assène Jena.

Alors que la nuit est tombée sur Maïdan, et que la température dégringole en dessous de zéro, une foule de 100 000 personnes au moins s’est massée devant la grande scène qui trône au milieu de la place depuis début décembre. Il est 19 heures, l’agacement pointe: «Dès le début, les politiciens nous ont menés en bateau. Ils discutent depuis quatre jours mais n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une liste de noms. Honte sur eux! Nous avons fait la révolution. Eux tentent de la récupérer pour leur intérêt personnel», tonne Andreï Romanenko, un membre de la sécurité.

Des adolescents harnachés, casqués et munis de dérisoires boucliers faits maison, une tôle percée de trous pour voir au travers, patrouillent sur la place, en guise de service d’ordre. Sur la scène, un orateur lâche les premiers noms du gouvernement à venir, la foule rassemblée sur la place est sollicitée: selon les applaudissements ou les protestations, les noms seront, ou non, proposés au vote du parlement, jeudi. Olga Bohomolets est pressentie pour le Ministère des affaires humanitaires. Elle a chapeauté l’équipe de médecins et les urgences au plus fort des combats. C’est gagné, la foule applaudit à tout rompre. Elle sera aussi vice-premier ministre.

Le principal poste à pourvoir est celui du premier ministre qui est proposé à Arseni Iatseniouk. Ce dernier a remplacé Ioulia Timochenko durant sa détention, il est l’un des trois leaders politiques importants. Quelques acclamations polies, et des cris répondent à l’annonce: Hangba ! Hangba ! («honte» en ukrainien) hurlent les militants, la rupture entre la foule présente et les politiciens connus est consommée. D’autres noms suivent, des novices en politique: militants de Maïdan, manifestants ou journalistes, qui n’ont de grade que leurs faits d’armes. La foule acclame.

Le parti Batkivchtchina (Patrie), de Ioulia Timochenko et d’Arseni Iatseniouk, remporte un grand nombre de portefeuilles. Les groupes d’activistes qui ont fait la révolution suivent. En revanche, Oudar et le parti ultranationaliste Svoboda sont les grands perdants de cette distribution de postes. Serhiy, un chef de brigade lié à l’extrême droite, a quitté l’hôtel dont il a réquisitionné plusieurs chambres pour suivre les discours: «Ils sont tous dans le même sac. Ioulia Timochenko et ses sbires ont montré de quoi ils étaient capables. Totalement corrompus. On veut des têtes nouvelles, des technocrates et un autre système.» En tournant les talons, il ajoute: «La révolution continue. Nous allons éradiquer les politiciens.»

«Nous avons fait la révolution. Les politiciens tentent de la récupérer pour leur intérêt personnel»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a