Un nouveau premier ministre a été nommé dans la confusion mardi au Kirghizistan après une nuit de violences post-électorales dans la capitale Bichkek. Sadyr Japarov, politicien nationaliste libéré de prison dans la nuit par les manifestants et détracteur du président Sooronbaï Jeenbekov, a été nommé par le parlement lors d'une réunion extraordinaire qui s'est tenue dans un hôtel de Bichkek, le bâtiment abritant l'assemblée étant occupé par les protestataires.

Contestés par les manifestants ayant envahi dans la nuit le siège du gouvernement après des affrontements avec la police qui ont fait un mort et 686 blessés, les résultats du scrutin ont eux été «invalidés», a annoncé la Commission électorale kirghize.

Plusieurs mines d'or ou de charbon attaquées

Menace supplémentaire pour le pouvoir, les protestataires ont libéré de prison Almazbek Atambaïev, ex-président incarcéré depuis un an et ancien allié devenu le principal adversaire du président Jeenbekov. Le chef de l'Etat actuel est toutefois toujours à Bichkek et a le «contrôle» du pays, a insisté la présidence kirghize.

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Si la situation était plus calme mardi dans la capitale, les manifestants ont toutefois gardé le contrôle du siège du gouvernement où des fenêtres ont été brisées et des bureaux saccagés. Des pillages ont également été signalés et de nombreux commerces ont gardé leurs portes closes. Des troubles étaient par ailleurs signalés en province.

Des hommes armés ont notamment attaqué une grande mine d'or qui a dû suspendre ses activités, selon l'entreprise Alliance Altyn. Une société contrôlant une vaste mine de charbon dans la région de Naryn (est) a annoncé dans un communiqué que la mine avait été saisie et leurs bureaux dévalisés par un groupe criminel.

Ces émeutes rappellent celles de 2005 et 2010 qui s'étaient muées en une révolution émaillée de pillages, chassant le pouvoir en place accusé de corruption et de dérive autoritaire.

Des appels au calme

Les Etats-Unis ont appelé mardi à la retenue et à une solution «pacifique» au Kirghizistan. «Nous demandons à toutes les parties de s'abstenir de toute violence et de résoudre les différends électoraux par des voies pacifiques», a dit un responsable du département d'Etat américain à l'Agence France-Presse (AFP).

Le Kremlin s'est dit «préoccupé» et a appelé les forces politiques kirghizes à «rester dans la constitutionnalité» pour trouver «rapidement une solution». Sooronbaï Jeenbekov est proche de la Russie, comme l'était son prédécesseur.

Crainte d'achats considérables de voix 

Mardi, une dizaine de partis politiques ont annoncé avoir formé un «conseil de coordination» en vue rétablir la stabilité et «le règne de la loi», accusant le président Jeenbekov de ne pas avoir permis le déroulement d'élections justes.

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Les manifestants réclament la démission de Sooronbaï Jeenbekov et de nouvelles élections. La manifestation, calme à l'origine, avait eu lieu à l'initiative de plusieurs partis politiques qui n'étaient pas parvenus à atteindre les 7% des suffrages nécessaires pour entrer au Parlement.

Avant le vote, des soupçons d'achats considérables de voix pesaient sur ce scrutin. Le chef de la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), allée observer les élections, Thomas Boserup, avait jugé que ces «allégations crédibles» suscitaient «une sérieuse inquiétude».