Gordon Bajnai a été élu mardi après-midi par le parlement hongrois pour succéder au chef du gouvernement démissionnaire socialiste Ferenc Gyurcsany. La majorité du parlement, composée par les socialistes (MSZP) et les libéraux (SZDSZ), a donné son aval à la «motion de censure constructive» déposée par le Parti socialiste par 204 voix pour, zéro contre et huit abstentions. Les députés du principal parti de l’opposition de droite (Fidesz) n’ont pas participé pas au vote.

Il a ensuite prêté serment devant le parlement, les membres de son gouvernement devant le faire vraisemblablement le 20 avril. Grâce à cette procédure, le MSZP a évité des élections législatives anticipées réclamées à cor et à cri par l’opposition conservatrice, donnée largement gagnante dans tous les sondages. Ferenc Gyurcsany avait annoncé sa démission le 21 mars, ne trouvant pas de majorité parlementaire pour conduire ses réformes impopulaires sur fond de crise économique.

La Hongrie est l’un des pays d’Europe de l’Est les plus touchés par la récession mondiale. A l’automne 2008, le pays n’a été sauvé que grâce à une aide de 20 milliards d’euros obtenus d’institutions financières internationales (Fonds monétaire international FMI, Banque mondiale, Union européenne et Banque centrale européenne BCE). En contrepartie, Budapest s’est engagé à réduire ses dépenses.

Gordon Bajnai envisage entre autres le gel des salaires et la suppression du treizième mois au sein de la fonction publique, ainsi que pour les retraités, et la suppression de nombreuses aides aux familles.

Il a déjà présenté son nouveau cabinet en changeant les ministres clés. Aux Finances, il a nommé Péter Oszko, directeur de la filiale hongroise du cabinet américain d’analyse financière Deloitte, à l’Economie l’expert en technologies de l’information Tamas Vahl, tandis qu’il a confié les Affaires étrangères à Péter Balazs, qui a été le premier commissaire européen de la Hongrie à Bruxelles.

«Un an, un gouvernement, un forint», a-t-il lancé. Ce «gouvernement de crise» disposera d’un mandat pour un an seulement, jusqu’aux élections législatives du printemps 2010, et lui-même se contentera d’un salaire symbolique d’un forint (1/300e d’euro). «Mon seul but est que, dans un an, la Hongrie soit dans une bien meilleure position» et «qu’elle regagne la confiance des investisseurs», a-t-il annoncé durant le débat parlementaire.

«Il est certain que la crise supprimera encore plus d’emplois» – alors que le chômage a atteint un record de 9,1% –, mais «ce sont nos décisions d’aujourd’hui qui détermineront où les nouveaux emplois vont se créer demain. En Slovaquie? En Roumanie ou en Hongrie? Notre combat n’est pas sans exemple, plusieurs pays d’Asie ou l’Irlande ont démontré qu’il était possible de sortir d’une crise», a-t-il lancé en demandant en vain la coopération de l’opposition.

Tibor Navrasics, président du groupe parlementaire Fidesz, la principale formation de l’opposition, a exigé des élections anticipées, alors que son partenaire chrétien-démocrate a dénoncé une «motion de censure destructive», refusant tout dialogue avec Gordon Bajnai. La petite formation conservatrice MDF s’est en revanche déclarée ouverte au dialogue et prête à examiner chaque mesure du nouveau gouvernement au cas par cas.

A l’extérieur du parlement, quelques milliers de manifestants proches de l’opposition réclamaient des élections législatives anticipées.