Le procès, le nom catalan désignant le processus devant mener à la sécession avec l’Espagne – que Madrid considère «illégal» et «unilatéral»- a rebondi à la surprise générale. Donné pour mort, sa résurrection s’est produite samedi grâce au «sacrifice» du messianique leader Artur Mas qui, fin 2012, avait annoncé son intention de «rompre tous les liens avec le reste de l’Espagne».

Aux dernières régionales de septembre 2015, sa liste séparatiste avait emporté le scrutin (48,6% des suffrages), mais sans majorité absolue. Pour l’obtenir, il fallait absolument le soutien des dix députés du mouvement anticapitaliste CUP, mais ce dernier refusait d’appuyer l’investiture d’Artur Mas, un libéral de centre droit qui depuis trois ans a appliqué des remèdes de cheval pour juguler le déficit public et obéir aux injonctions de Bruxelles.

Une mission extravagante

Le «salut» des séparatistes a été obtenu in extremis: après le renoncement d’Artur Mas pour diriger la coalition séparatiste, le choix s’est reporté sur une personnalité qui rassemble davantage: il s’agit de Carles Puigdemont, 53 ans, maire de Gérone depuis 2011 et élu l’an dernier président de l’association des municipalités pour l’indépendance, l’AMI. Linguiste de formation, ancien rédacteur en chef du journal souverainiste El Punt, Carles Puigdemont s’est fait connaître pour son radicalisme anti-espagnol et pour sa «disposition pleine et entière à proclamer l’Etat catalan libre et souverain». Il fut un des plus actifs artisans de la résolution d’indépendance approuvée le 9 novembre dernier par le parlement autonome à Barcelone, même si cette résolution a été ensuite invalidée par le tribunal constitutionnel de Madrid.

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Dimanche, Carles Puigdemont est devenu le 121ème président de la Generalitat, l’exécutif autonome catalan. Jamais avant lui un leader n’aura hérité d’une mission aussi précise qu’extravagante: la coalition séparatiste s’est engagée à obtenir l’indépendance en 18 mois! D’ici février, il devrait faire approuver au parlement régional trois lois d’envergure pour préparer le terrain à l’ultérieure déclaration d’indépendance: la mise en place formelle d’un «processus constituant», ainsi qu’une réforme de la sécurité sociale et de l’agence fiscale.

Un séparatiste convaincu

Presque inconnu des Espagnols, Carles Puigdemont, charismatique et bon orateur, a plusieurs fois défrayé la chronique dans sa région. À maintes reprises, la justice lui a cherché des noises pour avoir hissé un drapeau séparatiste (jaune, rouge, avec étoiles bleues) au balcon municipal de Gérone, ou pour s’être physiquement opposé aux forces de l’ordre espagnoles. Avec lui, les séparatistes -qui représentent une petite moitié des 7 millions de Catalans- disposent d’un leader convaincu de la «nécessité historique» de s’affranchir d’une «nation (l’Espagne) qui méprise ses peuples». Perçu comme un «propagandiste dangereux» par ses opposants, Carles Puigdemont a démontré ses talents dialectiques, aussi bien à la tête d’El Punt, de l’agence catalane d’informations, l’ACN, puis de Catalonia Today, destiné à défendre la cause séparatiste à l’étranger.

A Madrid et dans le reste de l’Espagne, où toutes les formations voient cette dynamique centrifuge avec grande inquiétude et colère, la mise en selle de Carles Puigdemont est une très mauvaise nouvelle. L’actuel chef du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy, a proposé à son rival socialiste Pedro Sanchez la formation d’un gouvernement d’union nationale «afin d’assurer la stabilité de l’Espagne face au défi sécessionniste».