«Italiens, organisez dans la capitale des manifestations pro-Irak ou nous les tuerons.» Après douze jours de silence, les «Brigades vertes de Mahomet» qui ont enlevé le 12 avril dernier quatre otages italiens en Irak ont ainsi adressé lundi un nouvel ultimatum à travers un enregistrement vidéo diffusé par la télévision de Dubaï, Al Arabiya. Alors que les ravisseurs ont exécuté dès le 14 avril Fabrizio Quattrocchi, le premier des quatre hommes, en réaction à l'intransigeance du premier ministre Silvio Berlusconi qui avait refusé de rappeler le contingent italien en Irak, les «Brigades vertes» donnent cette fois cinq jours au «peuple italien» pour manifester «la volonté de quitter l'Irak»: «Au-delà de cette échéance, nous les tuerons sans hésitation et sans autre avertissement.»

Pour les familles des victimes, les images des otages pris en train de manger et, semble-t-il, en bonne santé constituent un soulagement. «Au moins, on sait qu'ils vont bien», a fait savoir Antonella Agliana, la sœur de l'un d'entre eux. Mais ce sentiment est également mêlé de crainte, car la lettre des ravisseurs balaie les assurances formulées par Silvio Berlusconi. Il y a encore quelques jours, le président du Conseil affirmait en effet que la diplomatie italienne était parvenue à établir un contact avec les «Brigades vertes» et laissait entendre que la libération des trois hommes n'était qu'une question d'heures.

«Solidaires avec notre cause»

Montrez que vous êtes «solidaires avec notre cause» et que vous êtes «prêts à récuser publiquement la politique de votre premier ministre», récite le nouveau communiqué des ravisseurs. Alors qu'au cours des derniers jours, Silvio Berlusconi a publiquement réaffirmé son soutien à George Bush au point de se féliciter qu'après le départ des Espagnols, «l'Italie est le plus proche allié d'Europe continentale des Etats-Unis», les miliciens qui détiennent les otages ont, semble-t-il, mis hors jeu le gouvernement pour s'adresser directement à l'opinion publique de la péninsule. Ils misent notamment sur une mobilisation de l'opposition de gauche qui, comme la grande majorité des Italiens, est contre la guerre en Irak. En accordant un délai de cinq jours, les ravisseurs espèrent sans doute transformer les traditionnelles manifestations du 1er mai en un grand mouvement pour le retrait des troupes transalpines.

«Le gouvernement doit représenter la volonté du peuple et en Italie, comme en Espagne, le peuple est contre la guerre», a d'ailleurs commenté le communiste orthodoxe Fausto Bertinotti tout en soulignant que son parti n'a pas attendu l'ultimatum des ravisseurs pour réclamer le retrait des troupes italiennes. Mais la plupart des ténors de la gauche refusent pour l'heure de répondre aux exigences des ravisseurs et prônent la fermeté. «Nous sommes contre la guerre, mais aussi opposés à toute négociation avec les ravisseurs et les terroristes», a indiqué le responsable de la Marguerite Francesco Rutelli, tandis que l'ancien président démocrate de gauche de la Chambre des députés, Luciano Violante, estimait «qu'aucune force politique ne peut céder à un chantage».