Pour un nucléaire civil plus sûr

Energie Une conférence s’ouvre lundi à l’initiative de la Suisse

Le grave accident nucléaire qui s’est produit en 2011 dans la centrale de Fukushima a causé une puissante onde de choc dans les consciences. Il a montré que même un pays hyper-riche et ultramoderne comme le Japon peinait à maîtriser l’usage civil de l’atome. La Suisse a réagi ces ­dernières années en proposant à la communauté internationale d’amé­liorer l’arsenal juridique existant. Un projet qui sera soumis au vote la semaine prochaine à Vienne lors d’une conférence diplomatique exceptionnelle.

«Il est inacceptable qu’un manque de maîtrise dans la gestion d’une centrale puisse aboutir à l’évacuation de toute une région», martèle le chef de la délégation suisse à cette assemblée, le directeur de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), Hans Wanner. Le haut fonctionnaire veut bien admettre que «le risque zéro n’existe pas». Mais pas que des accidents se produisent parce que des opérateurs ne daignent pas utiliser tous les moyens à leur disposition pour les éviter. Or, c’est bien ce qui s’est passé à Fukushima, où un seul dispositif de dépannage avait été prévu en cas de coupure de courant, alors qu’il vaut notoirement mieux en posséder plusieurs.

De fortes oppositions

La communauté internationale s’est dotée au milieu des années 1990 d’une Convention sur la sûreté nucléaire destinée à encadrer l’usage civil de l’atome. Mais ce texte, ratifié par 77 Etats, pèche par sa mollesse. Si les Etats parties sont soumis tous les trois ans à un examen, ils n’ont aucune obligation d’en tenir compte et peuvent même interdire la publication de ses conclusions.

La Suisse propose aujourd’hui d’amender le document pour le rendre plus exigeant. Selon elle, la convention devrait recommander que les nouvelles centrales soient construites conformément aux standards de sécurité les plus modernes et que les anciennes soient «rééquipées» en ce sens.

La partie est loin d’être gagnée. La Suisse a arraché l’organisation de cette conférence diplomatique lors d’une réunion d’examen de la convention, en réunissant les suffrages des deux tiers des présents. Pour imposer un amendement à la convention, elle devra obtenir l’accord de deux tiers des Etats parties à la convention. Ce qui représente davantage de voix. Or, son projet rencontre l’opposition des pays qui n’entendent pas s’embarrasser d’une nouvelle réglementation internationale et de ceux qui craignent de devoir payer très cher la mise à niveau de leurs infrastructures. Les Etats-Unis, pour ne citer qu’eux, ont d’ores et déjà averti qu’ils n’en voudraient pas.