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Un outil pour mieux cibler les terroristes potentiels

L’Allemagne célébrait mardi la mémoire des 12 victimes de l’attentat d’un marché de Noël de Berlin. Un an plus tard, les pannes des services de sécurité sont au centre d’une polémique, alors que la police fédérale, le BKA, vient de se doter d’un outil développé avec l’Université de Zurich pour mieux cibler les terroristes potentiels

Lorsqu’il se lance au volant de son camion volé dans la foule des visiteurs d’un marché de Noël de Berlin, le 19 décembre 2016, Anis Amri n’est plus observé par les services de sécurité depuis trois mois. Un an plus tard, l’Allemagne – critiquée pour les pannes de ses services de sécurité – s’est dotée d’un instrument, développé avec l’Université de Zurich, pour mieux cibler les terroristes potentiels.

Le 19 décembre 2016, Anis Amri figure sur la liste des quelque 720 islamistes potentiellement dangereux que compte l’Allemagne. Dix fonctionnaires de police sont nécessaires pour surveiller à temps plein un seul de ces suspects, et les moyens mis à disposition sont insuffisants. Lorsqu’il passe à l’acte, Amri n’est plus sous observation, car son profil ne correspond pas totalement à l’image que les services de renseignement se font alors du terroriste potentiellement dangereux. Il est jugé «instable», «peu endoctriné» et «peu pratiquant»: petit dealer, consommateur occasionnel de cocaïne et d’ecstasy, il renonce à la prière du matin et ne célèbre pas la fête de l’Aïd.

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Les services de renseignement abandonnent les filatures contre lui le 15 juin 2016. Trois mois plus tard, les enregistrements systématiques de son smartphone sont suspendus à leur tour. Une erreur d’appréciation fatale. Amri sera finalement abattu par la police italienne dans les environs de Milan à l’issue de cinq jours de cavale à travers l’Europe. L’attentat de Berlin a fait 12 morts, et une centaine de blessés.

Un outil informatique pour apprécier le degré de dangerosité des suspects

Un an plus tard, l’Allemagne dispose enfin d’un outil plus précis, pour apprécier le degré de dangerosité des quelque 720 islamistes fichés du pays. Ce nouvel outil baptisé RADAR-iTE – développé par la police criminelle fédérale, le Bundeskriminalamt (BKA), avec les services de psychologie médico-légale des universités de Zurich et de Constance – permet de trier parmi les suspects selon qu’ils sont classifiés «verts», «orange» ou «rouges». Amri aurait dû figurer sur la liste rouge des suspects particulièrement dangereux.

Le programme informatique développé par les équipes du professeur suisse Jérôme Endrass est basé sur la définition de 73 données tirées de la biographie des suspects. Le rapport avec la violence, l’expérience militaire, un éventuel accès à des armes, le degré de socialisation ou l’isolement du suspect sont considérés comme décisifs, à l’inverse de la pratique religieuse. «On estime à 50 millions de personnes à travers le monde le nombre de personnes qui soutiennent le djihad armé, explique Jérôme Endrass au quotidien Tages-Anzeiger. Nous devons identifier qui appartient à cette petite minorité de personnes prêtes à passer à la violence… En temps de paix, il faut vraiment beaucoup pour que quelqu’un décide de s’en prendre à des civils. Il n’y a que quelques personnes qui ont ce type de fantasmes, et elles sont encore moins nombreuses à être prêtes à passer à l’acte.»

Profil «violent»

La combinaison de critères tels que fantasmes sadiques, fascination pour les armes et condamnations antérieures pour faits de violence est considérée comme particulièrement explosive. Chez ce profil «violent», il suffirait d’une très petite étincelle d’extrémisme religieux pour que le suspect passe à l’acte. «Une personne violente qui a une seule image du drapeau de l’Etat islamique sur son profil Facebook présente plus de risques qu’une personne qui fait massivement de la propagande mais qui n’a jamais été confrontée à la violence», résume Jérôme Endrass.

Un second profil, plus rare, est celui du malade psychique, victime de troubles de la personnalité, chez qui la religion ne joue pratiquement aucun rôle. Seule une minorité correspond au troisième profil, du «radicalisé», chez qui la religion joue un rôle déterminant.

Le travail du BKA avec les équipes de Jérôme Endrass a débuté en 2015, avant donc l’attentat de Berlin. Le système, prêt depuis septembre 2016, a été introduit par étapes à l’ensemble de l’Allemagne jusqu’à l’été dernier. En début de semaine, le quotidien Süddeutsche Zeitung révélait que le modèle RADAR-iTE avait permis aux enquêteurs de concentrer leur attention sur environ la moitié des 720 islamistes répertoriés.


Polémique autour des services de sécurité

C’est sous tension que l’Allemagne a célébré mardi le premier anniversaire de l’attentat de Berlin, tant sont fortes les critiques envers le gouvernement fédéral et les services de sécurité, accusés de défaillances pour prévenir l’attaque et dans leur mission de soutien aux victimes.

Angela Merkel, à qui les proches des victimes ont reproché un manque d’empathie dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière, a admis mardi avoir eu avec les familles un entretien «sans ménagement» et reconnu «les faiblesses dont a pu faire preuve notre Etat» lors de l’inauguration d’une cicatrice en bronze de 14 mètres de long gravée dans le sol et menant à une plaque commémorative égrenant les noms des 12 victimes. Le gouvernement a promis pour bientôt une loi permettant une indemnisation moins bureaucratique des victimes de terrorisme.


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