Vu du Caire, la psychose suisse fait sourire. Contenir le tsunami de centaines de milliers de réfugiés d’Afrique noire et d’Afrique du Nord par un mur de béton de quatre mètres de haut autour du Tessin, comme le demande la Lega? Envoyer l’armée aux frontières, comme l’exige l’UDC? Se disputer pour savoir qui, des cantons ou de la Confédération, va louer à la pelle des hôtels vides ou équiper d’urgence les abris de protection civile?

En vérité, et de bonne source, il semble que Berne ait pris une longueur d’avance et s’apprête à proposer à l’Egypte un «partenariat migratoire». Pas juste un simple accord de réadmission, comme avec le Nigeria, mais un véritable package, comprenant la levée de visa pour les passeports diplomatiques, un éventuel quota de stagiaires égyptiens en Suisse et, surtout, des investissements dans le pays.

En 1991, pour les 700 ans de la Confédération, les Chambres fédérales avaient voté pour les pays en voie de développement des dons de 200 millions de francs et un crédit de 500 millions avec une compensation: l’effacement de la dette contre des contrats de développement. La mesure avait été raillée mais, en Egypte, elle a produit quelques miracles. Le Caire avait bénéficié de 150 millions à condition de rajouter 95 millions à un fonds spécial. Lequel a financé des projets dans le traitement de l’eau, des déchets, l’éducation ou la santé qui ont, à leur tour, attiré des investisseurs pour un demi-milliard de dollars. Un succès suisse, à peu de frais. La situation, aujourd’hui, n’est pas moins prometteuse. Dans le domaine des énergies renouvelables ou des IT, l’Egypte bénéficie d’une main-d’œuvre qualifiée et d’une classe moyenne en pleine expansion. Peu avant la révolution, Nestlé annonçait qu’il allait y investir 160 millions de francs sur trois ans, presque autant qu’en Inde. «Le potentiel n’a pas changé avec la révolution», commente un expert.