Un calme précaire était revenu à l’entrée du quartier financier de Silom, qui a sombré dans le chaos dans la soirée de jeudi lorsque cinq grenades M79 ont été lancées, alors que se faisaient face deux groupes de manifestants pro- et antigouvernementaux. Les ambulances ont rapidement évacué les blessés sur une avenue couverte de taches de sang, de chaussures et de drapeaux thaïlandais abandonnés devant des immeubles de bureaux et des boutiques de luxe, et à deux doigts de Patpong, le célèbre quartier chaud de la ville, fréquenté par de nombreux étrangers.

Des affrontements sporadiques ont ensuite éclaté entre les deux groupes, «chemises rouges» décidés à renverser le Premier ministre Abhisit Vejjajiva et «sans couleurs», exaspérés par un mouvement qui dure depuis la mi-mars et pénalise lourdement l’économie.

Le vice-Premier ministre Suthep Thaugsuban a fait état dans la nuit de trois morts et 70 blessés. Mais les secours et le ministère de la Santé ont revu le bilan à la baisse, n’évoquant qu’un mort, une Thaïlandaise de 26 ans. Environ 80 personnes ont été blessées, dont quatre étrangers, semble-t-il de nationalités américaine, australienne, japonaise et indonésienne. Le pouvoir affirme que les grenades ont été lancées depuis la zone contrôlée par les «rouges», retranchés derrière des barricades de pneus et de bambous dans une vaste zone du centre-ville.

Les manifestants ont fermement nié, affirmant que le mouvement n’attaquerait «jamais des gens innocents». «J’ai des preuves que ce qui s’est passé la nuit dernière est le fait du gouvernement», a affirmé Nattawut Saikuar, l’un des cadres de l’opposition, rejetant «toute forme de violence». Le pays redoutait depuis quelques jours un nouveau carnage après la tentative ratée des militaires, le 10 avril, de déloger les «chemises rouges» d’un quartier de la vieille ville. L’opération avait fait 25 morts et plus de 800 blessés.

Et la presse locale était sous le choc vendredi, certains journaux décrivant une société malade de ses divisions, notamment entre les élites de Bangkok – palais royal, magistrats, hiérarchies militaires, hommes d’affaires – et les masses rurales et urbaines défavorisées. «La réalité est que nous devons vivre ensemble, les’chemises rouges’, les’chemises jaunes’, les multicolores, les militaires, la police, les prétendues élites, les opprimés et les non-alignés», écrivait le quotidien anglophone Bangkok Post. «Une concession doit être faite de part et d’autres ou bientôt, le spectre redouté de la guerre civile pourrait devenir réalité», ajoutait-il.

L’ONU a appelé les autorités et les manifestants à «éviter la violence» et à s’efforcer de résoudre leur conflit «par le dialogue».