hongrie

Un pays à l’image de Viktor Orban

Une nouvelle Constitution très controversée est entrée en vigueur le 1er janvier. Elle entérine une série de réformes très controversées notamment dans le domaine de la justice et de la loi électorale. Le premier ministre conservateur, ex-chantre de la démocratie, s’est tranformé en leader autiste et intransigeant

La nouvelle Constitution conçue par le premier ministre hongrois Viktor Orban est entrée en vigueur le 1er janvier. Elle entérine une série de réformes très controversées de la justice, de la Banque centrale et de la loi électorale. Et confirme la ligne politique autoritaire et isolationniste du Budapest.

Depuis son arrivée au pouvoir triomphale lors des élections au printemps 2010, avec l’obtention de la majorité des deux tiers du parlement, le parti conservateur du premier ministre, Fidesz, est en mesure de modifier les lois fondamentales du pays. Il ne s’est pas privé de ce levier, adoptant des dizaines de nouveaux textes faits sur mesure en quelques mois seulement.

Parmi elles, la loi électorale. Elle prévoit une élection à un seul tour et un remodelage des circonscriptions très favorables au Fidesz. Désormais, le premier ministre pourra être réélu avec seulement un tiers des suffrages. «Il a le champ libre. L’opposition est morcelée entre le groupe néofasciste Jobbik et le Parti socialiste, deux entités inconciliables. Et Viktor Orban n’a aucun rival au sein de son propre parti», estime Robert Lazlo, de l’ONG Transparency International à Budapest. Suite à l’adoption de cette loi, des membres de l’opposition de gauche se sont enchaînés au parlement le 23 décembre dernier, en guise de protestation.

L’une des mesures les plus décriées touche au cœur du système judiciaire. La juridiction de la Cour constitutionnelle en matière de budget a été considérablement affaiblie et le Fidesz aura la prérogative de nommer ses juges. Kim Lane Scheppele, professeur de droit à l’Université de Pennsylvanie, s’alarme de cette «révolution constitutionnelle», qui met à mal la séparation des pouvoirs. «Plus aucune institution ne peut contrôler l’exécutif», estime la juriste.

L’abaissement de l’âge de la retraite des juges de 70 à 62 ans force plus de 200 d’entre eux à partir en retraite. Leurs remplaçants seront nommés par une nouvelle instance, le Bureau national juridique, dirigée par Tünde Hando, épouse d’un député du Fidesz et amie du couple Orban. Une nomination emblématique du népotisme propre au système Orban.

Celui que les médias étrangers surnomme de plus en plus volontiers «le Poutine de Hongrie» a placé ses alliés à la tête des institutions clés du pays. Le chef de l’Etat, Pal Schmitt, lui est acquis. Cinq membres de Fidesz dirigent le très controversé Conseil des médias qui, le 20 décembre, a mis à mort l’unique radio d’opposition, Klubradio, en supprimant sa fréquence. Début décembre, le parlement a élu au poste de procureur général Peter Polt, un ancien membre de Fidesz resté loyal au parti, dont le mandat a été prolongé de six à neuf ans.

Kim Lane Scheppele avoue une certaine «fascination» pour le système Orban. «C’est une création de génie: tout est fait pour perpétuer le pouvoir d’un seul parti. Même si l’opposition prenait le pouvoir, ils resteraient confrontés aux alliés de Fidesz». C’est comme si l’homme fort de Budapest s’était emparé des outils de la démocratie pour construire une autocratie, concède la chercheuse. Les dirigeants du Parti socialiste hongrois dénoncent quant à eux «la mise en place d’une dictature».

Le jeune Viktor Orban est pourtant un fervent défenseur de la démocratie quand, à l’âge de 24 ans, il crée le mouvement progressiste Fidesz, acronyme pour l’Alliance des jeunes démocrates. C’était au temps où il était dans l’opposition, luttant contre la mainmise de l’Empire soviétique sur son pays. En mars 1989, sur la place des héros à Budapest, alors que la Hongrie célèbre les martyrs de la révolution de 1956, l’étudiant rebelle monte à la tribune pour appeler au départ des troupes de l’Armée rouge et à la mise en place d’élections libres. Il entre au parlement l’année suivante et transforme peu à peu Fidesz en grand parti de droite ultra-conservateur.

L’ambassadeur suisse à Budapest, Christian Mühlethaler, se rappelle de ces quelques minutes qui rendirent célèbre le futur premier ministre hongrois. «Viktor Orban est une personnalité fascinante, à même de saisir son public par ses qualités d’orateur. C’est une bête politique.» «C’est un homme incroyablement charismatique, renchérit Kim Lane Scheppele. Personne d’autre que lui n’a jamais dirigé Fidesz.»

Ancien présentateur de la radio publique, Attila Mong a été suspendu de ses fonctions après avoir protesté par une minute de silence à l’antenne contre la loi sur les médias adoptée en 2010, jugée liberticide. Pour l’heure, le journaliste accorde à Viktor Orban le bénéfice du doute. «Mais il est de plus en plus difficile de croire aux aspirations démocratiques du premier ministre. Je crains que le système ne débouche sur une démocratie dirigée.»

Le chef du gouvernement agit comme s’il se sentait investi d’une mission pour son pays. Il n’écoute plus ni les critiques extérieures, ni même ses propres conseillers, se préoccupe pour sa part une diplomate européenne en poste à Budapest.

Après la Commission européenne, c’était au tour de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, d’exprimer ses inquiétudes au sujet de l’état de la démocratie en Hongrie par le biais d’une lettre adressée au premier ministre le 23 décembre. L’isolement croissant de la Hongrie sur la scène internationale, pourtant, ne semble pas gêner Viktor Orban.

«Il n’y a personne au monde qui peut intervenir dans le processus législatif hongrois», a tempêté le premier ministre vendredi dernier sur les ondes de la radio nationale en guise de réponse aux critiques répétées de Bruxelles et Washington. Pour Kim Lane Scheppele, face à la dérive autoritaire de Viktor Orban, «l’Union européenne, une organisation pourtant fondée sur des valeurs de la démocratie, n’a pas les moyens d’agir. Le point faible de la Hongrie étant son économie, proche de l’effondrement, seules les pressions économiques peuvent encore fonctionner.»

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