L'entourage du ministre israélien de la Défense, Chaoul Mofhaz, a confirmé lundi que 3500 nouvelles maisons seront prochainement mises en chantier dans trois blocs de colonies juives de Cisjordanie: principalement à Maalé Adoumim, une ville nouvelle créée dans la grande banlieue de Jérusalem sur des terres conquises lors de la guerre des Six-Jours (juin 1967), mais aussi à Goush Etzion (au sud de Jérusalem) et à Ariel (au nord de la Cisjordanie).

Approuvé la semaine dernière par Ariel Sharon, ce plan de renforcement des implantations comprend également la construction de plusieurs routes réservées aux Palestiniens et leur permettant de rallier leurs villes sans croiser de conducteurs israéliens. En tout cas, il contrevient aux clauses de la «feuille de route» (un projet de plan de paix soutenu par la communauté internationale) ainsi qu'aux engagements écrits pris le 16 avril 2004 par le premier ministre de l'Etat hébreu.

A l'heure où les responsables palestiniens et israéliens de la sécurité ont trouvé hier un accord sur le transfert à l'Autorité palestinienne de Tulkarem en Cisjordanie, le nouveau plan vise d'abord à renforcer le «caractère juif» de Jérusalem en créant de nouveaux quartiers encerclant la partie arabe de la ville et l'empêchant de se développer. Plus tard, ces nouveaux lotissements seront d'ailleurs «protégés» par le «mur de séparation», ce qui signifie que les terres sur lesquelles ils auront été érigés seront annexées par l'Etat hébreu.

Selon la plupart des éditorialistes israéliens, ces habitations destinées à des familles nombreuses (cinq personnes et plus) serviront également à fixer les limites d'un retrait de Cisjordanie dans le cadre de la conclusion éventuelle d'un accord de paix avec l'Autorité palestinienne (AP). En effet, contrairement aux implantations de la bande de Gaza qui auront été évacuées d'ici à septembre prochain, la plupart des colonies de Cisjordanie sont destinées à rester en place. Surtout les grands blocs tels Maalé Adoumim, Ariel, et Goush Etzion qui constituent déjà de véritables centres urbains dotés de tous les services municipaux modernes.

Ramallah, l'ouverture de ces chantiers provoque d'autant plus de réactions que les 3500 maisons annoncées ne sont pas les premières. A la mi-février, visitant le bloc de colonies de Goush Etzion, le ministre israélien du Logement, Yitzhak Herzog (travailliste), avait déjà annoncé la création d'une nouvelle implantation baptisée Gvaot et susceptible d'accueillir 3000 personnes. Puis, dimanche, le quotidien indépendant Haaretz et son concurrent de droite Yediot Aharonot ont publié des photos aériennes de la Cisjordanie commandées par Chaoul Mofhaz en 2004 et au début de 2005. Ces clichés des mêmes sites pris à six mois d'intervalle montrent que de nombreux chantiers ont été ouverts et que les implantations n'ont pas cessé de se développer malgré les promesses officielles.

Certes, dans les territoires, l'annonce de la construction de 3500 logements supplémentaires ne surprend pas la population palestinienne puisque la plupart des travaux sont visibles à l'œil nu et que des ouvriers locaux y participent par l'intermédiaire d'entreprises de sous-traitance. Cependant, plusieurs milices armées ont d'ores et déjà menacé de mettre fin à la tidayeh (accalmie provisoire) conclue vendredi dernier au Caire et de reprendre leurs opérations militaires contre l'Etat hébreu.

En outre, les responsables de l'AP semblent rencontrer de plus en plus de mal à cacher leur exaspération. «En autorisant ces constructions sur des terres appartenant aux Palestiniens, Sharon et ses ministres claquent la porte à la reprise de pourparlers de paix», s'est exclamé, furieux, le ministre palestinien des Négociations, Saeb Erekat, interviewé par la radio La voix de la Palestine. Quant à son homologue du Plan, Ghassan al Khatib, il a estimé qu'«Israël donne l'impression qu'il veut se contenter de seulement évacuer la bande de Gaza sans rien envisager d'autre par la suite». Et d'ajouter: «Si c'est le cas, c'est une erreur car la Cisjordanie ainsi que le sort de Jérusalem-Est (ndlr: la partie arabe de la ville) feront également l'objet de négociations à un moment ou à un autre du processus de paix.»

Outre l'achèvement par Israël de son retrait de la bande de Gaza, le processus de renforcement des colonies de Cisjordanie sera, dit-on à Jérusalem, évoqué le mois prochain par le président George Bush lorsqu'il recevra séparément Ariel Sharon dans son ranch et le président palestinien Mahmoud Abbas à la Maison-Blanche.