Certains ont parlé du «coffre-fort guinéen», beaucoup ont dénoncé un «scandale géologique». Ce dernier tient à un paradoxe. Les sous-sols de la Guinée recèlent en quantité astronomique deux minerais clés: le fer, nécessaire à la production d’acier, et plus encore la bauxite, produit de base pour l’industrie de l’aluminium – deux tiers des réserves mondiales en comptant les tonnes prouvées et probables.

Le pays est aussi généreusement pourvu en diamants, en uranium, vraisemblablement en cuivre, en cobalt, ainsi qu’en gaz et en pétrole. Malgré cette diversité inouïe, la Guinée persiste en queue du classement de l’indice de développement humain (IDH) des Nations unies (156e rang sur 169 en 2010). Sous le règne interminable de Lansana Conté (1984-2008), les conditions de vie de ses 10 millions d’habitants se sont même détériorées, alors que la contribution du secteur minier aux recettes budgétaires s’effondrait de 73,7% en 1986, à 18,3% en 2004, selon le FMI. Dans son livre d’entretiens avec Jean Bothorel, le président élu, Alpha Condé, dresse lui-même un constat effarant: «La proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est passée de 49% en 2002 à 55% […]. En dix ans, l’immense majorité des Guinéens est passée de deux à un repas par jour, si ce n’est à un repas tous les deux jours!»

Du potentiel à la réalisation

Alpha Condé a promis de réformer le secteur, ce «poumon de l’économie guinéenne». Déjà deuxième exportateur mondial de bauxite après l’Australie, le pays peut, s’il arrive à exporter ses réserves prouvées en fer, rivaliser avec le Brésil. «Tout le problème est de passer de l’état de potentiel à la réalisation, la création d’emploi et la redistribution», résume Michel Billard de la Motte, conseiller en économie minière.

Les défis à relever sont colossaux, à commencer par le déficit en infrastructures. Tout manque: routes, rails, ports en eaux profondes pour accueillir les navires d’exportation. L’énergie aussi fait défaut, en dépit d’un potentiel hydroélectrique très prometteur. «Le deuxième problème est l’absence d’interlocuteur unique au niveau de l’Etat pour les groupes miniers», poursuit le spécialiste. L’instabilité politique, et les doutes corollaires qu’elle engendrait sur la pérennité des contrats, constituait jusque-là un troisième obstacle. Si Alpha Condé parvient à lever cette hypothèque, ce sont 25 milliards de dollars de contrats déjà signés mais en suspens qui pourraient être exécutés, assure Michel Billard de la Motte.