Table décorée, bière de fête, verre de cognac devant chaque invité: telles étaient les instructions du général chargé de l'organisation de la soirée du 2 octobre 1987. Ce soir-là, à Dresde, les responsables locaux des services secrets est-allemands, la Stasi, donnaient un banquet en l'honneur de leurs collègues soviétiques. Au cours de la fête, 13 dirigeants du KGB reçurent la «distinction de l'amitié germano-soviétique». Le «camarade Poutine, Wladimir» fut le quatrième à être décoré.

Le président russe par intérim est entré au KGB en 1975. Selon la biographie des services de renseignement allemands, il a été en poste en ex-RDA de 1984 à 1990. Durant cette période, Vladimir Poutine a travaillé principalement au siège du KGB à Dresde, en face du siège local du Ministère de la sécurité intérieure. Son appartement se trouvait à deux pas de là. Dans ce quartier résidaient presque exclusivement de hauts fonctionnaires du Parti communiste ainsi que des services secrets est-allemands.

«Aristocrate rouge»

«Zélé, sérieux, et conséquent», c'est ainsi que le caractérise Wolfgang Berghofer, ancien maire de Dresde, qui l'a rencontré à plusieurs reprises lors de réunions officielles. Celui-ci se souvient que pendant ses loisirs Vladimir Poutine aimait bien lire en allemand et qu'il s'était entre autres plongé dans Goethe et Schiller. Le nouveau président russe parle cette langue presque sans accent. Ses filles, Maria et Katerina, nées respectivement en 1985 et 1986 en ex-RDA, suivent aujourd'hui l'Ecole allemande à Moscou.

A Dresde, Vladimir Poutine, poursuivait principalement deux activités: l'espionnage économique et le recrutement d'agents pour le KGB. Cette ville était une base propice: plusieurs entreprises de haute technologie, dont la société informatique Robotron, avaient leur siège à Dresde. Les agents russes recevaient les listes des personnes désirant émigrer à l'Ouest. Il n'était pas rare qu'un aimable agent russe rende visite aux candidats hautement qualifiés. On leur proposait alors d'appuyer leur demande en échange d'une promesse de collaboration avec le KGB.

Les manifestions de sympathie avec les hauts responsables de la Stasi étaient certes fréquentes, pourtant, en réalité, la concurrence était rude. Un ancien officier des services secrets est-allemands, cité anonymement par le journal de Dresde Sächsische Zeitung, affirme que Poutine aurait essayé de le faire passer au KGB. Cet agent se souvient de l'avoir rencontré plusieurs fois à Dresde et d'avoir alors été marqué par ses airs «d'aristocrate rouge». «Il se faisait un point d'honneur de rappeler que ses aïeux avaient participé à la Révolution d'octobre», se rappelle-t-il.

La plupart des autres responsables de la Stasi alors en poste à Dresde ne désirent pas s'exprimer. En ces jours, il ne fait pas bon s'appeler Herbert Köhler. Les quatre abonnés inscrits sous le nom de l'ancien chef local de la Stasi sont excédés par les appels incessants des journalistes qui cherchent désespérément le colonel vraisemblablement décédé. Herbert Köhler aurait été la principale personne de contact à Dresde de Vladimir Poutine.

Si le président russe par intérim a vécu principalement à Dresde, il a également passé par d'autres villes d'Allemagne. Selon le curriculum des services secrets, il aurait également passé par la Maison soviétique de la science, de la culture et de l'amitié de Berlin-Est. C'est de cette époque que les services secrets allemands possèdent une photo de lui où on le voit devant le KaDeWe, le grand magasin chic de Berlin-Ouest. Selon certaines sources, Vladimir Poutine aurait été envoyé en 1975 déjà au bureau de l'agence de presse russe Tass à Bonn. Il aurait été renvoyé dans son pays quelques années plus tard. Les services de renseignements intérieurs allemands se refusent à tout commentaire.

Vladimir Poutine a-t-il coordonné les activités des agents du KGB pour l'Allemagne et d'autres pays voisins? A-t-il été l'un des protagonistes du groupe Lutsch, une organisation secrète mise en place à l'intérieur du KGB pour parer à l'effondrement du système communiste? Vladimir Poutine n'était à l'époque que major, «officier de second rang», selon l'ancien maire de Dresde. Et les quelques traces qu'il a laissées en Allemagne laissent supposer qu'il n'était pas, à l'époque, un gros calibre.