Proche-Orient

Un premier accord de réconciliation signé entre le Hamas et le Fatah

Le mouvement islamiste et son rival se sont entendus jeudi au Caire pour tenter de mettre fin à une décennie de déchirements. Mais des dissensions subsistent

Dans la foulée de leur annonce surprise de réconciliation du 3 octobre dernier, le Fatah au pouvoir à Ramallah, en Cisjordanie, et le Hamas de Gaza ont conclu jeudi un premier accord. Concrètement, les deux ex-frères ennemis s’engagent à constituer un gouvernement d’union nationale qui étendra ses compétences à la Cisjordanie et à la bande de Gaza à partir du 1er décembre. D’ici là, trois mille policiers de l’Autorité palestinienne (AP) venus de Cisjordanie seront déployés dans l’enclave gazaouie afin d’y assurer l’ordre avec les «forces de sécurité du Hamas» et de surveiller les points de passage avec Israël ainsi que celui de Rafah avec l’Egypte.

Il s’agit d’un pas important. Une avancée qui pourrait être accompagnée par des observateurs de l’Union européenne, si l’on en croit les rumeurs qui circulaient jeudi dans l’entourage de Mahmoud Abbas. Avant la fin de l’année, le président palestinien, qui a salué jeudi «l’accord mettant fin aux divisions», se rendra en tout cas en visite à Gaza après y avoir été persona non grata pendant dix ans.

De nombreux points ne sont pas encore réglés

Tant en Israël que dans les territoires palestiniens et dans les pays arabes voisins, les observateurs ont été surpris de la vitesse avec laquelle le Fatah et le Hamas concrétisent leur réconciliation entamée il y a dix jours. Cependant, de nombreuses questions délicates et susceptibles d’entraîner la rupture des pourparlers n’ont pas encore été réglées. Ce qui explique pourquoi les négociateurs du Fatah et du Hamas se retrouveront chez leurs chaperons égyptiens début décembre.

Parmi les points délicats toujours en suspens: le démantèlement des stocks d’armes du Hamas, la prise de contrôle par l’AP du réseau de tunnels creusés par l’organisation islamiste, ainsi que le sort de des 75 000 fonctionnaires – parmi lesquels 25 000 membres des services de sécurité – nommés par le Hamas de Gaza dans la foulée de son putsch de juin 2007.

Selon nos informations, le chef des services de renseignement égyptiens, qui chapeaute les négociations interpalestiniennes, s’est en tout cas rendu début octobre dans la bande de Gaza pour discuter du démantèlement de l’arsenal du Hamas. Ou, du moins, de la mise en place d’un mécanisme de contrôle, car le président de l’AP prochainement réunifiée s’oppose au fait que l’organisation islamiste puisse jouir d’une autonomie opérationnelle semblable à celle dont dispose le Hezbollah au Liban. «Avec moi, cela ne se fera pas. L’AP n’utilisera qu’une seule arme, celle qu’il contrôle», a-t-il déclaré à la télévision égyptienne.

Elan d’espoir à Gaza

A en croire les médias palestiniens, l’annonce de la réconciliation entre le Fatah et le Hamas ne suscite pas d’émotion particulière en Cisjordanie. A contrario, elle éveille d’énormes d’espoirs parmi les deux millions de Gazaouis. Parce que l’AP prendra de nouveau en charge le coût de leur consommation en eau et en électricité ainsi que de nombreuses autres dépenses, et que leur niveau de vie devrait progressivement s’améliorer.

Certains Gazaouis se prennent aussi à rêver d’une réouverture d’Erez, le principal point de passage avec Israël, ce qui leur permettrait de nouveau d’aller travailler dans l’Etat hébreu et de ramener un salaire décent à la maison. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Certes, en raison de la fête juive de Simhat Torah, les dirigeants de l’Etat hébreu se sont abstenus de tout commentaire, mais au début du mois, le ministre de la Défense Avigdor Lieberman avait confirmé que le blocus israélien resterait en application «quoi qu’il arrive».

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