Un président bien peu sarkozyste au Sénat

France L’UMP Gérard Larcher, élu, avait déjà présidé la Chambre haute de 2008 à 2011

Le décompte des suffrages le plus important n’est pas toujours celui qu’on pense. Mercredi, le sénateur UMP des Yvelines Gérard Larcher a remporté la présidence du Sénat avec 194 voix sur 337 (la Chambre haute compte 348 élus), retrouvant un siège qu’il avait déjà occupé de 2008 à 2011, avant la victoire inédite de la gauche. Mais pour tous les observateurs, sa vraie victoire avait été obtenue la veille, face à l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, autre candidat de l’UMP au perchoir sénatorial.

Ce dernier, ouvertement favorable au retour en politique de Nicolas Sarkozy, a été terrassé, n’obtenant que 56 voix contre 80 à son rival, redevenu second personnage de l’Etat. Plus intéressant encore à deux mois de la désignation du président de l’UMP fin novembre: ­Gérard Larcher est considéré, lui, comme un soutien de François Fillon face à l’ex-chef de l’Etat.

François Fillon, actuel coprésident de l’UMP par intérim avec Alain Juppé et premier ministre durant les cinq ans du quinquennat Sarkozy, a d’ailleurs hier réitéré son intention de se porter «de toute façon» candidat à la présidentielle de 2017. Une manière d’évacuer les soupçons sur son possible ralliement, in extremis, à l’ancien maire de Neuilly avec lequel il doit s’entretenir ce jeudi de la situation de leur parti, englué dans l’affaire Bygmalion, du nom de la société de communication soupçonnée d’avoir fait près de 10 millions d’euros de fausses factures pour justifier les excès de dépenses de la campagne perdue de Nicolas Sarkozy, en 2012.

Avantage Fillon

Trois anciens dirigeants de la société ont été mis en examen hier. L’un d’eux aurait, selon son avocat, «confirmé devant les enquêteurs qu’il y a eu un dispositif qui a été mis en place aux termes duquel l’UMP prenait en charge de façon irrégulière des frais de campagne».

«L’élection de Larcher à la présidence du Sénat tombe pile pour Fillon, car les sénateurs UMP sont réputés pour leur indépendance et ils sont enracinés localement. Si les militants hésitent, ils peuvent peser lourd», juge un proche du président socialiste sortant, Jean-Pierre Bel. Autre test: le choix, ce jeudi, du président du groupe UMP au Sénat, car deux hommes s’affrontent: l’ultra-sarkozyste Roger Karoutchi et l’ancien ministre Gérard Longuet, qui s’est dit récemment «séduit par les idées libérales» de… François Fillon.