Vis à vis de la jeunesse française et de l'électorat de gauche, Emmanuel Macron sait que l'écologie peut rapporter gros. Son soutien affirmé à la Convention citoyenne pour le climat de 150 personnes tirées au sort, constituée en octobre 2019, et à ses 149 propositions rendues publiques en juin 2020, laissait donc présager d'un ferme ancrage «vert» à la fin de son mandat.

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Problème: la pandémie de Covid-19 a tout bousculé. Et le déblocage de dizaines de milliards d'euros pour sauver l'économie a rendu bien moins urgente les mesures budgétaires et fiscales destinées à sauver le climat, conformément à l'Accord de Paris signé le 12 décembre 2015. «S'il se représente en 2022, Macron aura besoin des électeurs verts, juge un parlementaire de la majorité, engagé dans la rédaction du projet de loi tiré de la fameuse convention, que le Conseil des ministres examinera en janvier. Il supporte en revanche de moins en moins qu'on lui demande des comptes.»

Le cas de la Convention citoyenne, dont le chef de l'Etat reçoit les membres ce lundi, est emblématique, sur le front écologique, de l'intenable «en même temps» de sa présidence. Côté pile, Emmanuel Macron a soigné les symboles. Le 12 décembre 2017, soit  deux ans après la signature de l'Accord par plus de 190 pays au centre de conférences du Bourget où s'est tenue la Cop21, le premier «One Planet Summit» se réunit à Paris pour célébrer la volonté du nouveau président de donner l'exemple. Le ministre de la transition écologique est alors le très populaire Nicolas Hulot. La France promeut «douze engagements internationaux», et annonce la création du «One Planet Sovereign Wealth Funds», une coalition de six des plus importants fonds souverains mondiaux prêts à «investir pour la planète». En 2018, l'abandon du projet controversé d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes conforte cette ligne «verte».

Puis patatras côté face. Les lobbies s'activent, Hulot démissionne avec éclat (le 30 aout 2018) et l'écologie gouvernementale se met à patiner. Jusqu'à l'ouverture du «grand débat national» destiné à faire retomber la tension engendrée par les «gilets jaunes», dont la Convention est l'un des résultats démocratiques les plus tangibles.

Les villes "vertes" s'activent

Le résultat, à un an et demi de la fin de son mandat? Un président français le dos au mur qui, après avoir promis d'entériner 146 mesures sur les 149 proposées par le citoyens-législateurs (sauf la limitation à 110 kmh sur les autoroutes, une taxe supplémentaire sur les dividendes des entreprises et la demande d'une réécriture du préambule de la Constitution pour «placer l'environnement au-dessus des autres valeurs fondamentales») voit d'un mauvais oeil les «Verts» scruter le projet de loi écologique en préparation. Et utiliser leur villes conquises aux municipales de juin (Poitiers, Bordeaux, Besançon, Strasbourg, Tours, Lyon et Grenoble, gagnée en 2014) pour affuter leurs arguments contre sa politique, voire servir de rampe de lancement à un candidat écolo à la présidentielle de 2022.

«Il ne respecte pas sa parole donnée. Il n'aime pas être rappelé à ses engagements», s'est énervé l'activiste Cyril Dion, à l'origine d'une pétition pour sauver la convention (prés de 400 000 signatures). Une réponse aux propos «cash» du président lors de son interview à Brut le 4 décembre: «J’ai 150 citoyens, je les respecte, mais quand ils ont écrit un truc, je ne vais pas le prendre comme le Coran ou la Bible! (...) Ne jouons pas camp contre camp, on doit jouer ensemble. On ne réussira pas la transition sur les pesticides si on n’est pas avec les agriculteurs.»

Souvenirs paralysants

Au final? Un sentiment de gâchis qui ne surprend pas ceux qui connaissent bien le locataire de l'Elysée. «Emmanuel Macron n’est pas écologiste, il n’a jamais revendiqué l’être», nuance Corinne Lepage, ancienne eurodéputé et avocate spécialiste des catastrophes naturelles. «Il est à son aise lorsqu'il se prononce contre l'accord commercial Union européenne-Mercosur au G7 de Biarritz, en aout 2019, alors que des incendies ravageait la forêt amazonienne, expliquait récemment le député macronien dissident Mathieu Orphelin. Mais dès que cela touche la France, le souvenir des «gilets jaunes» hostiles aux hausses des prix du carburant le paralyse.»

Comme si les promesses «vertes» de l'exécutif n'engageaient en France que ceux qui y croient tandis qu'en Allemagne, les écologistes se positionnement fortement pour les législatives de septembre 2021 et l'après Merkel: «Il lui manque la volonté, nous assénait en 2019 son ancien ministre Nicolas Hulot. Il pense que les nouvelles lois (comme celle de 2017 qui interdit l’attribution de nouveaux permis de recherche d’énergies fossiles, qu’il s’agisse de gaz, de pétrole ou de charbon) sont suffisantes. Il ne veut pas changer de système.»

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