Le relais de la flamme olympique au Japon, il y a une dizaine de jours, n'a pas été moins perturbé qu'en Occident. En solidarité avec les Tibétains, les moines d'un temple bouddhiste ont refusé d'accueillir le «feu sacré», puis des nationalistes d'extrême droite nippons ont échangé des coups avec des supporters chinois alors que la flamme subissait l'outrage de jets d'ordures et d'œufs. Bilan: quatre Chinois blessés.

D'habitude prompte à se déchaîner contre les «petits Japonais», la Toile chinoise, un exutoire nationaliste, est restée muette alors que les officiels de Pékin félicitaient Tokyo pour la protection de la torche. Explication de ce traitement de faveur (si on le compare à l'appel au boycott des produits français qui a sanctionné les dérapages de Paris): après des années de relations houleuses, la Chine veut soigner ses relations avec le Japon.

La visite de cinq jours qu'entame Hu Jintao ce mardi au Japon devrait être le point d'orgue de ce rapprochement. En trente-six ans de relations diplomatiques, ce n'est que la deuxième fois qu'un président chinois se rend dans l'archipel. Lors de la précédente visite, en 1998, les choses avaient tourné à l'aigre, Jiang Zemin se voyant refuser les excuses espérées pour l'occupation de la Chine par le Japon.

Les relations avaient ensuite été gelées au plus haut niveau entre 2001 et 2006, période durant laquelle le Japon était dirigé par Junichiro Koizumi, un représentant de la droite nationaliste qui s'adonnait à un pèlerinage annuel au sanctuaire Yasakuni qui honore la mémoire des soldats japonais - y compris des criminels de guerre.

Aujourd'hui, Pékin veut regarder vers l'avenir et mettre l'histoire de côté. Hu Jintao est partisan d'un rapprochement avec le Japon tout comme l'actuel premier ministre nippon, Yasuo Fukuda, est jugé «pro-chinois» dans un Japon qui demeure toutefois très méfiant envers ce voisin qui étend son influence.

Les raisons de vouloir s'entendre ne manquent pas: les deuxième et troisième économies mondiales sont de plus en plus imbriquées et la Chine est depuis l'an dernier le principal marché d'exportation des produits japonais. A plus court terme, les deux pays organisent des événements qui nécessitent une bonne entente: Pékin accueille les Jeux olympiques en août et le Japon un sommet du G8 en juillet. Les signes de bonne volonté ne manquent pas: Yasuo Fukuda jouera au ping-pong avec Hu Jintao qui sera par ailleurs reçu pas moins de trois fois par l'empereur japonais. Les diplomates des deux pays espèrent par ailleurs signer un nouvel accord de partenariat politique. En Chine, ce déplacement est déjà surnommé le voyage des «cerisiers en fleur» dans l'espoir que ce printemps durera.

Malgré ces gestes encourageants et deux rencontres entre premiers ministres en 2006 et 2007 pour «briser la glace», les sujets de contentieux n'en demeurent pas moins nombreux. Si le climat de quasi-guerre froide s'est estompé, les querelles liées à l'histoire n'en sont pas moins vives, de même que le conflit concernant l'exploitation de gisements de gaz que se disputent les deux pays est loin d'être résolu. En début d'année, une sombre affaire de raviolis empoisonnés aux pesticides d'origine chinoise a inquiété les Japonais. Aujourd'hui, la répression au Tibet contribue à ternir un peu plus l'image d'une Chine certes plus riche et plus ouverte, mais qui demeure autoritaire et imprévisible aux yeux des Japonais.

Comme si cela ne suffisait pas, Ling Ling, le panda géant du plus grand zoo de Tokyo et symbole de l'amitié avec la Chine, est mort la semaine dernière d'une crise cardiaque. Yasuo Fukuda a déjà glissé que son remplacement serait apprécié. C'est peut-être à l'envoi d'un panda cadeau que l'on jugera de la réussite ou non de ce sommet.