États-Unis

Un président désinhibé en campagne

Donald Trump confirme officiellement sa candidature pour 2020 ce mardi. Confiant, mais aussi nerveux face à des sondages qui donnent pour l’instant le démocrate Joe Biden gagnant

Désinhibé. Donald Trump a choisi de lancer sa campagne pour 2020, ce 18 juin, à Orlando. Le meeting politique dans le «Sunshine State» de Floride marque le coup d’envoi officiel de sa candidature, mais de fait le président est en campagne perpétuelle depuis son élection. Ces derniers jours, il a multiplié les déclarations pour faire croire qu’il se sent invincible.

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Il y a d’abord eu ces propos, hallucinants, sur la chaîne ABC News. Lors d’une interview, Donald Trump a déclaré qu’il accepterait des informations d’un gouvernement étranger, ou de ressortissants étrangers, qui l’aideraient dans l’élection présidentielle de 2020, et qu’il n’en informerait pas le FBI. Ces propos ont provoqué fureur et consternation dans les rangs démocrates. Ils interviennent après les conclusions de l’enquête du procureur indépendant Robert Mueller sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016. Donald Trump s’estime blanchi des soupçons qui pesaient sur lui malgré les doutes relevés par Robert Mueller lui-même. Et en remet une couche.

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«Dix ou quatorze ans» 

Ensuite, il vient de laisser entendre, dimanche sur Twitter, que ses électeurs pourraient vouloir le voir rester plus longtemps en poste. En avril déjà, il avait déclaré, sur le ton de la plaisanterie, qu’il pourrait rester «dix ou quatorze ans», alors qu’un président des Etats-Unis ne peut renouveler son mandat qu’une seule fois, comme le prévoit le 22e amendement de la Constitution. Le mois dernier, il a partagé un tweet de Jerry Falwell Jr., président de la Liberty University, suggérant, à propos du rapport Mueller, qu’il devrait obtenir «deux ans de plus pour son premier mandat, en compensation du temps volé par cette tentative de coup d’Etat corrompu».

Excès de confiance? Stratégie? Ses chances d’être réélu sont bien réelles. Donald Trump, qui n’a jamais caché son intention de se représenter, conserve sa base électorale, qu’il sait galvaniser, et la plupart des indices économiques sont pour l’instant en sa faveur. Le chômage est tombé sous la barre des 4%. Il a le soutien de Wall Street. Questions finances, il lève des fonds pour 2020 depuis son élection déjà, et peut compter sur sa fortune personnelle. Le choix de la Floride n’a rien d’anodin: en 2016, Donald Trump avait remporté cet Etat pivot (swing state) avec un peu plus de 1% d’avance sur la démocrate Hillary Clinton. Un Etat qui avait voté pour Barack Obama en 2012 et qui bascule sans cesse entre républicains et démocrates.

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Un échange de coups 

Mais ses opposants démocrates sont nombreux. Ils sont déjà plus de 20 à s’être officiellement portés candidats. Les premiers débats pour les primaires démocrates, organisés sur deux soirées en raison du nombre important de prétendants, auront lieu les 26 et 27 juin, en Floride également. Les récents sondages, pour autant qu’ils signifient quelque chose à dix-sept mois du jour J, ne sont pas favorables à Donald Trump. Joe Biden, qui a été vice-président sous Barack Obama, reste toujours en tête des intentions de vote. Un sondage diffusé dimanche par Fox News place Donald Trump en sixième position, avec 39% des intentions de vote contre 49% pour Joe Biden.

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Le président a très vivement réagi à un autre sondage le montrant à la traîne dans plusieurs Etats cruciaux. Les élections de mi-mandat de novembre 2018 avaient déjà montré une poussée des démocrates dans la Rust Belt, région ouvrière du nord-est des Etats-Unis. Rendu nerveux par ces résultats défavorables qui ont fuité à l'interne, Donald Trump les a démentis et il a ordonné à son équipe de campagne de se débarrasser de certains sondeurs pour réduire le cercle de personnes ayant accès à ces informations.

Mardi, dans l’Amway Center d’Orlando, la résidence des Predators (football américain), des Solar Bears (hockey) et du Magic (basketball), il électrisera probablement la foule en misant sur ses thèmes de campagne habituels. Le complexe sportif peut accueillir jusqu’à 20 000 personnes. Mais le président a récemment assuré, sur Fox News, que plus de 100 000 personnes ont voulu acheter des billets, «alors que Joe Biden peine à rassembler 100 personnes». «Sleepy Joe», comme l’appelle Donald Trump, risque une nouvelle fois d’être attaqué. Et plus il restera en tête dans les sondages, plus les coups risquent d’être forts.

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