Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le ministre iranien des Affaires étrangères (devant à gauche) et le conseiller fédéral  Johann Schneider-Ammann  signent une déclaration d'intention en présence d'Alain Berset et du…
© PETER KLAUNZER/Keystone

Visite d’État

Un président iranien affaibli en quête de soutien

Le modéré Hassan Rohani a achevé mardi sa visite d’Etat de deux jours en Suisse. Dans la crise avec les Etats-Unis, la Suisse a plus que jamais un intérêt à jouer les médiateurs. Le président de la Confédération Alain Berset a réaffirmé le soutien de la Suisse à l’accord nucléaire tout en cherchant à renforcer les relations bilatérales

Bien qu’affaibli dans son propre pays en raison d’une économie moribonde, le président iranien Hassan Rohani n’a pas laissé transparaître le moindre défaitisme lors du deuxième jour de sa visite d’Etat en Suisse. En présence du président de la Confédération Alain Berset, il a souligné devant les médias à l’Hôtel Bellevue à Berne l’attachement de son pays à l’accord sur le programme nucléaire iranien, le Plan d’action global commun (PAGC) négocié pendant de longues années par Téhéran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne et confirmé par une résolution du Conseil de sécurité.

Bon élève

Avec le retrait américain du PAGC et le retour des sanctions de Washington, Téhéran est acculé. En venant en Suisse, Hassan Rohani «vient chercher un soutien psychologique davantage que des solutions concrètes», relève le correspondant de BBC Persian. Avant de se rendre à Vienne, Hassan Rohani montre que tactiquement l’Iran a un intérêt à continuer à se conformer au PAGC et à apparaître comme le bon élève, contrairement aux Etats-Unis.

Il l’a martelé: «C’est dans l’intérêt du monde entier de préserver l’accord, dans l’intérêt de la paix et de la sécurité. Tant que nos intérêts seront respectés dans le cadre de l’accord nucléaire et tant que l’Iran pourra profiter des avantages (prévus par l’accord), nous continuerons à nous y conformer.» Alain Berset n’a pas dit le contraire, réaffirmant le soutien de la Suisse au PAGC, un «succès sans précédent de la diplomatie internationale». Mais il l’a reconnu: le retrait des Etats-Unis «risque de freiner voire de remettre en cause les progrès réalisés».

C’est toute l’angoisse du régime iranien. Le retour des sanctions américaines, dès le 6 août contre le secteur automobile, le commerce de l’or et autres métaux précieux et dès le 4 novembre contre les exportations de pétrole, menace de faire sombrer la République islamique. Sous les lustres de l’Hôtel Bellevue, Hassan Rohani a un instant perdu le langage feutré pour fustiger les Etats-Unis. Leurs «sanctions aveugles adoptées contre une grande nation constituent la plus grande violation des droits de l’homme qu’on puisse imaginer». Il a aussi brocardé la politique migratoire de l’administration Trump, par laquelle des enfants sont séparés de leurs parents illégalement entrés aux Etats-Unis.

A lire: Malgré Donald Trump, le mandat de la Suisse en Iran se renforce

Tirs croisés à Téhéran

L’apparente sérénité d’Hassan Rohani ne trompe toutefois personne. A Téhéran, lui qui n’a pourtant qu’un pouvoir limité par rapport à la toute-puissance du guide suprême Ali Khamenei est l’objet de tirs croisés. Au Majlis, le parlement, un petit groupe demande sa destitution. L’opinion publique, qui a cru aux bénéfices promis par le président iranien de l’accord nucléaire – chiffrés à près de 1000 milliards de dollars d’investissements sur vingt ans par le cabinet McKinsey –, est aujourd’hui remontée contre Hassan Rohani. La devise iranienne a perdu 50% de sa valeur par rapport au dollar en un an. La stabilité du pays est fragile. Des manifestations de la rue iranienne se multiplient.

L’économie de la République islamique risque de tellement souffrir qu’une centaine d’intellectuels iraniens, voire même la fille de l’ex-président Ali Rafsandjani, appellent déjà le régime à négocier directement avec les Etats-Unis pour sortir d’une impasse certaine. Cela pourrait commencer par des négociations secrètes. La Suisse, dit-on, aurait un rôle majeur de facilitateur à jouer. Profondément blessé, l’Iran refuse pour l’heure d’entrer en matière, mais, pragmatique, Hassan Rohani a subtilement laissé entendre à Berne qu’à terme rien ne pouvait être exclu.

Profonds désaccords

En déroulant le tapis rouge au président d’un pays cloué au pilori par Washington, la Suisse se présente comme le grand médiateur dans ce qu’il faut décrire comme l’une des graves crises internationales du moment. En tant que puissance protectrice représentant les intérêts américains en Iran, elle a des arguments à faire valoir. Berne demeure la seule voie de communication officielle entre Washington et Téhéran. Intérêt pour l’Iran de trouver des soutiens européens et suisses d’un côté, intérêt suisse de jouer les médiateurs, la visite d’Etat aura beaucoup recouru au symbolique.

Alain Berset a ainsi rappelé les liens qui unissent l’Iran et la Suisse par un traité d’amitié de plus de 140 ans et flatté la fierté iranienne en relevant la belle prestation de l’équipe d’Iran à la Coupe du monde de football. L’accord signé par les deux pays sur le transport de marchandises et de voyageurs et deux déclarations d’intention en matière de santé et de coopération scientifique vont dans le même sens. Un comité mixte pourra voir le jour pour traiter des questions économiques et «clarifier la situation de nos entreprises» au vu de l’insécurité créée par le retrait américain.

Le président de la Confédération l’a toutefois souligné: de profonds désaccords demeurent entre Berne et Téhéran, notamment en matière de droits de l’homme. L’Iran applique toujours la peine de mort, même à des mineurs. Alain Berset n’a pas éludé ce point central de la politique étrangère suisse bien que Berne n’ait repris le dialogue annuel sur les droits humains avec l’Iran qu’en 2016, après plusieurs années d’interruption faute de résultats. Le Fribourgeois a aussi exhorté son homologue iranien à reconnaître Israël et à soutenir une solution à deux Etats. Une remarque qui n’a pas plu à Hassan Rohani, qui a riposté en décrivant comme «illégitime» le «régime sioniste». A son tour, Alain Berset a rebondi: «C’est un exemple typique où nous avons des divergences.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a