La continuité est assurée à la tête du royaume saoudien. Après la mort du prince héritier Nayef ben Abdel Aziz à Genève samedi dernier à l’âge de 79 ans, le roi Abdallah a nommé un autre de ses frères, Salmane ben Abdel Aziz, 76 ans, pour lui succéder.

Le 25e fils du roi Abdel Aziz (règne de 1932 à 1953) fait partie du clan des Soudaïri, les sept fils de la favorite du roi, Hassa bint Ahmad al-Soudaïri. Gouverneur de Riyad pendant près de cinquante ans, le prince Salmane a orchestré le développement de cette cité du désert devenue capitale ultra-moderne, avant d’être nommé ministre de la Défense en octobre 2011. Il conservera ce poste et occupera en même temps celui de vice-premier ministre aux côtés du prince Ahmed ben Abdel Aziz, 71 ans, un autre frère du roi Abdallah, nommé premier ministre lundi.

Sur son lit de mort, en 1952, le père fondateur du royaume, Abdel Aziz ben Abderrahman ben Fayçal al-Saoud, avait prévenu sa descendance: le plus grand danger pour l’Etat, ce sont les querelles familiales. C’est alors qu’il a imaginé une forme de «démocratie interne» selon les termes du spécialiste Stéphane Lacroix. Les 50 fils se partagent le pouvoir tour à tour, du plus âgé au plus jeune, jusqu’à épuisement de la génération.

Mais, cinq rois plus tard, la dynastie des al-Saoud a vieilli. En seulement huit mois, l’actuel monarque, 88 ans, a enterré deux frères désignés pour lui succéder: avant Nayef, mort samedi, le prince Sultan, un octogénaire, s’est éteint en octobre dernier à New York.

Bientôt, de tous les fils du fondateur du royaume, il n’en restera aucun d’influent pour succéder au trône et la famille royale devra songer au passage à la génération des petits-fils du roi Abdel Aziz. «Un moment crucial pour le pays, explique Stéphane Lacroix, car il pourrait conduire à la mise en place d’une monarchie patrilinéaire, où le pouvoir se transmet non plus de frère en frère, mais de père en fils, ce qui favoriserait inexorablement l’une des branches de la famille.» Le roi Abdallah a établi un Conseil d’allégeance en 2006, constitué de 35 princes, pour institutionnaliser le processus de transition et imaginer un nouveau mode de succession. Mais le rôle de cet organe est resté très limité.

«Les Suisses, si discrets»

Jusqu’à présent, les fils d’Abdel Aziz ont tout fait pour assurer la continuité du régime. Le prince Naief se montrait particulièrement dur envers toute forme de contestation. En décembre, il avait condamné plusieurs réformistes à des peines de 15 à 30 ans de prison. Certains espèrent que sa disparition et l’avènement de Salmane, une figure plus conciliante, permettront aux voix dissidentes de s’exprimer à nouveau. «C’est un homme de consensus, habitué à régler les conflits au sein de la famille royale», note le spécialiste du monde arabe Hasni Abidi.

Le prince Nayef s’est éteint dans la résidence de son frère, feu le prince Sultan, dans le quartier huppé de Cologny où il était installé. Crédité d’avoir mené efficacement la lutte contre Al-Qaida en Arabie saoudite, il avait organisé il y a quelques années dans sa résidence à Divonne, en France voisine, une discussion sur le terrorisme, à laquelle étaient conviés plusieurs représentants suisses. Alors qu’on lui demandait ce qu’il pensait de la Suisse, il avait répondu: «Les Suisses sont tellement discrets qu’ils n’ont même pas remarqué ma présence ici.»