C’est une affaire étrange, aussi inquiétante qu’étrange. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a annoncé à la presse, mercredi 22 avril, qu’un projet d’attentat contre une église de la banlieue parisienne avait été fortuitement déjoué par la police, dimanche 19 avril. Son auteur, interpellé, est par ailleurs soupçonné d’être le meurtrier d’une professeur de fitness retrouvée morte dans sa voiture dimanche à Villejuif (Val-de-Marne).

Tout commence par un banal appel au Samu, dimanche matin, peu avant 9 heures. Un homme, blessé par balle dans une rue du 13e arrondissement de Paris, affirme avoir été agressé et perdre beaucoup de sang. Sur place, le Samu appelle la police, comme il se doit en cas de blessure par arme. En remontant les traces de sang, les policiers arrivent jusqu’à un véhicule garé non loin de là. A l’intérieur, un arsenal de guerre: kalachnikov, arme de poing, gilet par balle, des munitions et un gyrophare.

A l’hôpital le blessé, un étudiant en informatique algérien de 23 ans arrivé en France en 2009 dans le cadre du regroupement familial, reconnaît être le propriétaire du véhicule. En perquisitionnant son appartement dans le 13e arrondissement, les policiers découvrent des documents écrits «établissant sans ambiguïté que l’individu projetait de commettre un attentat, vraisemblablement contre une ou deux églises», le jour même, a précisé Bernard Cazeneuve. Plusieurs armes et des gilets tactiques laissent penser qu’il aurait pu avoir des complices.

Le ministre de l’Intérieur a précisé que les services de renseignement connaissaient le jeune homme depuis qu’il avait manifesté son désir de rejoindre la Syrie en 2014. Selon les informations du Monde, cet étudiant algérien s’appelle Sid Ahmed Ghlam. Son environnement technique avait été établi, et il faisait l’objet d’une «fiche S», comme sûreté de l’Etat, qui implique une surveillance policière «sans attirer l’attention». Le jeune homme disparaît ensuite une semaine en Turquie et est placé en garde à vue à son retour. La mesure ne donne rien, pas davantage que l’analyse de ses données de connexion. Il est relâché sans que les services d’enquête soient en mesure d’ouvrir une information judiciaire.

Les investigations menées depuis dimanche conduisent les enquêteurs à établir un lien entre ce jeune homme, sa blessure à la jambe, son projet d’attentat et le meurtre d’une jeune femme âgée de 32 ans originaire de Caudry, près de Valenciennes (Nord), qui avait rejoint samedi la banlieue parisienne pour y suivre un stage de pilates. Aurélie Châtelain avait été retrouvée morte dimanche matin sur le siège passager de son véhicule, touchée par trois tirs.

Les enquêteurs soupçonnent Sid Ahmed Ghlam d’avoir tenté, pour une raison inconnue, de voler son véhicule. Une tentative de vol manquée à l’occasion de laquelle il se serait tiré dans la jambe par inadvertance. Son ADN, ainsi que des traces de sang, a été retrouvé dans la voiture d’Aurélie Châtelain.