L'histoire politique néerlandaise bégaie: comme au début des années 2000, les Pays-Bas assistent en ce moment à un débat virulent sur l'islam et le populisme, ou plutôt l'utilisation par le second des peurs que suscite le premier. La polémique est née d'une annonce de Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté - une formation populiste de droite qui a décroché 9 sièges de députés en 2006, quelques mois après sa fondation. Geert Wilders a révélé qu'il préparait un film sur l'islam. Il devrait le faire diffuser dans quelques semaines, sans doute dans le cadre du temps d'antenne qui lui est concédé sur une chaîne publique.

Le gouvernement, manifestement inquiet, a lancé un avertissement au député qui, il y a quelques mois, avait plaidé l'interdiction du Coran dans son pays. «Les autorités craignent qu'une telle affaire ne dégénère, comme celle des caricatures danoises», explique un diplomate sous le couvert de l'anonymat.

Depuis quelques jours, la discussion porte, en outre, sur la nécessité d'organiser, ou non, une riposte aux initiatives du dirigeant populiste. Doekle Terpstra, ancien syndicaliste, membre du Parti chrétien-démocrate au pouvoir et président du Conseil supérieur des universités, a lancé un appel contre ce qu'il appelle «la wildersisation des Pays-Bas» et s'est adressé aux «gens raisonnables» pour qu'ils protestent contre «le message méchant» du député. Ce dernier a répliqué en dénonçant un «propos répugnant», ajoutant qu'il n'était «pas très éloigné d'un appel à la violence».

Il n'en fallait pas plus pour ranimer les craintes d'une société qui n'a pas oublié que le cinéaste Theo Van Gogh a été assassiné par un islamiste radical à Amsterdam, en 2004, peu de temps après avoir réalisé Submission. Ce film évoquait, à coups d'images jugées blasphématoires par certains, la violence contre les femmes musulmanes.

La députée Ayaan Hirsi Ali, qui avait œuvré avec le cinéaste, allait, elle, devenir la cible de menaces islamistes et faire l'objet de sévères mesures de protection. Tout comme Geert Wilders, alors membre, avec Ayaan Hirsi Ali, de la formation libérale VVD.

Après avoir quitté ce parti, Geert Wilders est parvenu à récupérer une partie de l'héritage du populiste Pim Fortuyn. Assassiné en 2002 par un militant de la cause environnementale, le tribun de Rotterdam avait polarisé la société néerlandaise à coups de déclarations tonitruantes sur l'immigration, la délinquance des jeunes Marocains et les dangers présumés de la religion musulmane. Tandis que la Liste Pim Fortuyn se désintégrait après la mort de son leader, Geert Wilders prolongeait, en durcissant encore son propos, un courant politique désormais bien implanté mais divisé: Rita Verdonk, ancienne ministre de l'Immigration, a elle aussi déserté les rangs libéraux pour fonder son propre parti, Trots op Nederland - Fier des Pays-Bas -, qui prône des mesures radicales en matière d'asile et d'immigration. Pas question, toutefois, de songer à une alliance avec Geert Wilders, affirme Rita Verdonk: «Il faut s'attaquer aux voyous, pas interdire le Coran», explique l'ancienne ministre.

La tentative de mobilisation anti-Wilders, qui pourrait déboucher sur l'organisation d'une manifestation ou d'un concert, ne fait cependant pas l'unanimité. Une dizaine de personnalités se sont engagées à soutenir l'initiative de Doekle Terpstra, mais d'autres soulignent qu'il convient d'éviter de transformer Geert Wilders en victime. «Le danger est aussi que ses électeurs se sentent un peu plus exclus et incompris», explique Femke Halsema, dirigeante du parti écologiste GroenLinks. Le Monde