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Un rapport accable les cadres de l'Agence pour les réfugiés palestiniens

Alors qu’elle est remise en cause par plusieurs instances, l’UNRWA est critiquée par un rapport qui fait état d’agissements inappropriés et de népotisme, entre autres. Le directeur, suisse, Pierre Krähenbühl, est cité

Un rapport interne à l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) fait état de mauvaise gestion et d’abus d’autorité qui auraient été commis au plus haut niveau au moment où cet organe d’aide était confronté à une crise financière sans précédent.

Le rapport, émanant du département éthique de l’agence, a été envoyé au secrétaire général de l’ONU. Des enquêteurs de l’ONU se sont rendus dans les bureaux de l’UNRWA à Jérusalem et à Amman afin de recueillir des informations, selon des sources proches du dossier.

En mai 2019: L’UNRWA en quête d’argent à Genève

Pierre Krähenbühl nommément cité

L’UNRWA a déclaré coopérer pleinement à l’enquête et ne pas pouvoir fournir certains détails tant que les investigations sont en cours. L’agence de presse AFP s’est procuré une copie du rapport qui décrit comme «crédibles et corroborés» de graves abus éthiques commis par de hauts dirigeants, dont le commissaire général de l’agence, le Suisse Pierre Krähenbühl.

Parmi les accusations figurent celles «d’agissements à caractère sexuel inappropriés, népotisme, représailles, discriminations et autres abus d’autorité, (commis) à des fins personnelles, pour réprimer des divergences d’opinions légitimes».

Un haut responsable cité dans le rapport a quitté l’organisation en raison de «comportements inappropriés» en lien avec les investigations, tandis qu’un autre a démissionné pour des raisons «personnelles», a indiqué l’organisation.

Le rapport interne dénonce les abus de pouvoir d’un petit groupe de hauts responsables, pour la plupart des expatriés, qui ont contourné les mécanismes de contrôle de l’ONU.

Une relation amoureuse

Pierre Krähenbühl aurait lui-même noué une relation amoureuse avec sa conseillère principale, nommée en 2015, après un processus de recrutement «extrêmement rapide» selon le rapport. Cette conseillère aurait ainsi suivi le commissaire général en classe affaires lors de ses déplacements à l’international.

Le rapport vise également l’une des adjointes de Pierre Krähenbühl, qui a fait recruter son mari à une fonction bien rémunérée, et elle est épinglée pour avoir écarté certaines personnes du processus de prise de décision pour des motifs personnels et contourné des mécanismes de régulation. Elle a quitté l’UNRWA jeudi dernier pour «motifs personnels».

Un autre haut responsable est aussi épinglé, décrit comme «intimidant son équipe» et agissant comme un «voyou». Lui a récemment été «écarté de l’agence en raison d’un comportement inapproprié», selon l’UNRWA.

Aucun des deux n’a pu être joint pour une réaction.

Une femme dit avoir donné l’alerte

Début juin, une employée de l’agence a été licenciée, après avoir tenté pendant plusieurs années, selon elle, d’alerter ses supérieurs sur des questions d’ordre éthique. L’UNRWA a indiqué que son licenciement n’avait aucun lien avec le rapport, évoquant un «cas isolé de faute professionnelle» mais l’employée parle de représailles et a fait appel.

Des documents consultés par l’AFP montrent qu’à plusieurs reprises, elle a exprimé des inquiétudes vis-à-vis d’une possible mauvaise gestion, notamment la promotion d’employés sans lien avec leurs qualifications professionnelles. Elle a déclaré à l’AFP s’être entretenue directement avec Pierre Krähenbühl mais que rien n’avait été fait.

«La plupart du temps, j’avais l’impression de travailler pour une société privée, et non aux Nations unies, où nous sommes supposés nous conformer à des règles et réglementations strictes.»

La défense de l’UNRWA

Sollicitée par l’AFP, l’UNRWA a déclaré dans un communiqué être probablement «l’une des agences onusiennes les plus surveillées en raison de la nature du conflit (israélo-palestinien) et l’environnement complexe et politisé dans lequel elle travaille». «Au cours des 18 derniers mois, l’UNRWA a fait face à une pression financière et politique intense, mais l’ensemble de son personnel a maintenu le cap, aidant 5,4 millions de réfugiés palestiniens alors qu’elle traversait une crise financière sans précédent en 70 ans d’existence», a déclaré l’Agence.

Une réponse du directeur

Dans un autre communiqué transmis à l’AFP, Pierre Krähenbühl a déclaré que «si l’enquête en cours – une fois terminée – devait présenter des conclusions nécessitant des mesures correctives ou d’autres mesures de gestion, nous n’hésiterons pas à les prendre».


30 000 employés

Fondée en 1949, l’UNRWA gère des écoles et fournit une aide vitale à des millions de réfugiés palestiniens en Jordanie, au Liban, en Syrie et dans les Territoires palestiniens. Elle emploie 30 000 personnes, principalement des Palestiniens. Plus de 700 000 Palestiniens ont été expulsés ou ont fui leurs terres entre avril et août 1948, au moment de la création d’Israël, selon l’ONU.


Le retrait américain

En 2018, les Etats-Unis ont mis fin à leur aide financière annuelle de 300 millions de dollars (270 millions d’euros) à l’UNRWA. Israël et les Etats-Unis s’opposent au fait que les Palestiniens puissent transmettre le statut de réfugié à leurs enfants, souhaitant réduire le nombre de personnes bénéficiant d’une aide de l’UNRWA, ce que les Palestiniens dénoncent comme une violation de leurs droits.

Les critiques d’Ignazio Cassis

En mai 2018, le conseiller fédéral aux Affaires étrangères, Ignazio Cassis, fraîchement arrivé à ce poste, a émis des critiques à l’égard de l’organisation. Il a jugé qu’elle est devenue «un problème», et a préconisé l'«intégration» des réfugiés dans les pays d’accueil.

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Une réaction d’Yves Sandoz à l’époque: A l’adresse de Monsieur Ignazio Cassis, au nom d’un jeune Palestinien

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