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Un rapport révèle la présence de soldats russes dans le Donbass

L’enquête posthume de l’opposant Nemtsov évoque la mort de 220 militaires russes depuis l’été 2014 dans les zones séparatistes. Le Kremlin refuse de commenter

Un rapport révèle la présence de soldats russes dans le Donbass

Russie L’enquête posthume de l’opposant Nemtsov évoque la mort de 220 militaires russes

Le Kremlin refuse de commenter

L’opposition russe, récemment consolidée au sein du parti RPR-Parnasse, a présenté mardi un rapport intitulé «Poutine. La guerre» contredisant radicalement la version des événements en Ukraine présentée par le Kremlin. L’initiative en revient à l’opposant Boris Nemtsov, qui a été assassiné le 27 février à deux pas du Kremlin, avant de pouvoir achever ses recherches. L’œuvre a été poursuivie par une poignée d’activistes proches de l’opposant défunt.

Le rapport de 64 pages affirme que 150 soldats russes ont été tués dans la bataille d’Ilovaïsk en août 2014 et 70 autres lors de la bataille de Debaltsevo en février dernier. C’est-à-dire les deux principales offensives pro-russes, qui se sont soldées par de cuisantes défaites pour l’armée ukrainienne. Le Kremlin a toujours fermement nié toute implication militaire russe dans le Donbass. Le pouvoir russe reconnaît que de nombreux Russes se battent aux côtés des séparatistes en tant que «volontaires». Quant aux armes utilisées par les pro-russes, elles auraient été confisquées aux militaires ukrainiens.

«Poutine. La guerre» se base sur des sources ouvertes collectées et sur les entretiens menés par Boris Nemtsov et ses collaborateurs auprès de proches des soldats russes décédés dans le Donbass, a expliqué hier Ilia Iachine lors de la présentation du rapport à la presse. Une vérification indépendante des chiffres apportés par le rapport s’avère difficile, car les sources sont anonymes. Ilia Iachine souligne que les autorités ont créé un climat d’intimidation. Un juriste défendant les familles de soldats tués explique dans le rapport que «si Nemtsov a été abattu au pied du Kremlin, tout peut arriver à mes clients. Et personne ne le remarquera.»

De nombreux partisans de Boris Nemtov, dont Ilia Iachine, émettent l’hypothèse que l’opposant a été éliminé précisément parce qu’il enquêtait sur ce qui est aujourd’hui l’une des questions les plus épineuses pour le Kremlin. Le pourvoir chercherait d’ailleurs à acheter le silence des personnes concernées par le conflit. Les familles des soldats tombés au combat, par exemple, reçoivent une aide de l’Etat de 3 millions de roubles (55 500 francs), à condition de garder un silence absolu.

Le rapport détaille la manière dont les soldats sont envoyés sur le front ukrainien. Ils sont obligés de signer un contrat dans lequel il est stipulé qu’ils prennent un «congé» de l’armée et qu’ils doivent ne révéler à personne les détails de leur présence en Ukraine. Mais il existe également de nombreux volontaires russes prêts à combattre dans les rangs des séparatistes. Moscou met à leur disposition son vaste réseau de bureaux de recrutement officiels de l’armée, ainsi que des organisations de vétérans. Le rapport indique que des salaires sont versés aux «volontaires», qui deviennent ainsi des mercenaires. Selon leur rang dans les troupes pro-russes, ils gagnent entre 1100 et 1600 francs mensuels, précise le rapport.

L’origine des armes russes aux mains des séparatistes fait l’objet d’un paragraphe à part. Les auteurs expliquent que celles-ci sont choisies parmi l’arsenal dont dispose également l’Ukraine, et sont repeintes avant de franchir la frontière. L’armée russe a massé des dizaines de milliers de soldats russes le long de la frontière avec le Donbass depuis mars 2014, afin de faciliter les infiltrations. Le rapport a toutefois identifié plusieurs types d’armes russes utilisées par les séparatistes, qui n’ont jamais fait partie de l’arsenal ukrainien, dont les tanks T-73B3 et les batteries anti-aériennes Pantsir-S1. Une vidéo montre par exemple un Pantsir-S1 circulant sous un panneau de propagande séparatiste représentant leurs leaders, à proximité de Lougansk.

L’analyse de RPR-Parnasse rejoint dans les grandes lignes la version du conflit présentée par les autorités ukrainiennes. Ilia Iachine a d’ailleurs déclaré que l’un des objectifs du rapport était de démontrer que «la guerre ne profite qu’à Poutine et son entourage» et que «dire la vérité est la première étape pour renouer les liens avec les Ukrainiens, qui sont le peuple le plus proche de nous». L’objectif principal étant d’«ouvrir les yeux des citoyens russes sur la guerre que Poutine mène en Ukraine», afin de se poser en sauveur du «monde russe» et redresser ainsi son prestige.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov n’a pas souhaité commenter le rapport hier, indiquant ne pas l’avoir lu. Certains partisans du Kremlin sont en revanche très au fait de la publication, puisque le site du parti RPR-Parnasse, qui diffuse le document en ligne, a subi une attaque par déni de service rendant impossible son téléchargement.

L’objectif principal est d’«ouvrir les yeux des citoyens russes sur la guerre que Poutine mène en Ukraine»

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