COOPERATION

Un rapprochement exemplaire entre l'Union européenne et l'Egypte

L'Union européenne a annoncé jeudi vouloir se rapprocher de l'Egypte pour contrer les arrivées de migrants depuis l'Afrique. Mais elle reste divisée sur la répartition des réfugiés entre pays membres et sur les modalités du renforcement de sa force de gardes-frontières

Présentée comme un modèle d'efficacité contre les embarquements clandestins, l'Egypte, tenue d'une main de fer par le président Abdel Fattah al-Sissi, doit servir de point d'appui pour une coopération «élargie» avec l'Afrique, a plaidé le président du Conseil européen Donald Tusk, à l'issue d'un sommet à Salzbourg, en Autriche.

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Il rencontrera M. Sissi dimanche «pour faire avancer ce dossier» et «prendra contact avec d'autres partenaires africains dans les prochaines semaines» pour mettre en place une «coopération renforcée». Selon lui, l'Afrique doit se voir proposer un partenariat allant bien au-delà de «la lutte contre les passeurs».

Sommet UE-Ligue arabe

Après le pic de la crise migratoire en 2015, l'UE a déjà conclu un accord avec la Turquie et un partenariat avec la Libye, qui ont contribué à une forte baisse des arrivées sur le continent via la Méditerranée.

Les Européens veulent étendre leur coopération à tous les pays d'Afrique du Nord, à la faveur notamment d'un sommet avec la Ligue arabe prévu en février au Caire. L'Egypte a confirmé la proposition d'un sommet UE-Ligue arabe, en soulignant toutefois que l'immigration ne saurait figurer seule au menu.

Fervent partisan de cette initiative, le chancelier autrichien Sebastian Kurz, dont le pays assume la présidence tournante de l'UE, a par ailleurs annoncé une rencontre en décembre avec le président de l'Union africaine, le chef d'Etat rwandais Paul Kagame.

«L'Egypte est le seul pays (d'Afrique du Nord) qui a réussi depuis 2016 à empêcher tout départ de migrants» par voie de mer, a-t-il souligné, louant son «efficacité».

Une priorité

Malgré la chute des arrivées en Europe à des niveaux inférieurs à ceux d'avant 2015, la question migratoire reste une des priorités des Vingt-Huit. Elle reste un sujet profondément clivant entre pays du Sud souhaitant en priorité une meilleure répartition des réfugiés à l'échelle du continent, contre laquelle les pays de l'Est sont vent debout.

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«Nous avons une crise politique, pas une crise migratoire. Les chiffres (d'arrivées) sont même inférieurs à ceux qu'ils étaient en 2007. Mais il faut répondre aux préoccupations des citoyens européens, on ne peut pas les ignorer et attendre la prochaine crise», a estimé le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel.

Pour autant, quand on évoque les sujets migratoires, «on parle de gens», a-t-il relevé, appelant les pays européens à faire preuve de «davantage de solidarité» entre eux pour partager leur accueil.

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte, à la tête d'une coalition populistes-extrême droite, a une nouvelle fois insisté sur la nécessité d'un «mécanisme européen» pour l'accueil des demandeurs d'asile. «Si seulement une poignée de pays participent, on ne pourra pas dire qu'il s'agit d'un dispositif européen», a-t-il souligné.

Renforcer Frontex

M. Kurz, un tenant d'une ligne dure dans ce dossier, a lui rétorqué que «la question migratoire ne se résoudra pas par la répartition, mais par la défense des frontières extérieures». Il a soutenu le projet de la Commission européenne d'un renfort de l'Agence européenne des gardes-frontières et des gardes-côtes (Frontex).

Il a indiqué «espérer un accord (du Conseil européen) d'ici la fin de l'année sur un renforcement de Frontex», qui devrait disposer de 10'000 personnes d'ici 2020 selon le projet de l'exécutif européen.

Soutenu notamment par Paris et Berlin, ce projet a été plus fraîchement accueilli par les capitales du sud de l'Europe et par la Hongrie, craignant que leur souveraineté ne soit remise en cause.

Une source diplomatique espagnole a assuré jeudi que Madrid ne voyait «pas d'inconvénient» à une telle mesure, à condition qu'elle soit «un mécanisme flexible» intervenant «à certains moments».

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a annoncé pour sa part vouloir que soit garanti «le droit des pays à défendre» eux-mêmes leurs frontières.

Une source proche de la présidence française a jugé que la question de la souveraineté était un «faux débat», car »personne n'a jamais dit qu'un garde-frontière étranger imposerait sa décision dans le pays où il est posté».

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