Le début de psychodrame qui avait accompagné l'escale interrompue de Sirven à Francfort aura duré ce que les psychodrames durent à Paris: l'opposition se préparait déjà à tirer à boulets rouges contre le gouvernement, et le gaulliste Patrick Devidjian, avocat de profession, avait déjà fait la leçon à la garde des Sceaux, qui n'est pas juriste, sur un pataquès qui, finalement, se résume à un retard de quarante-huit heures. Et la procédure Schengen, et la bonne volonté de l'ex-numéro deux d'Elf auront accéléré les choses, l'homme préférant, semble-t-il, avoir affaire à des juges français dans l'immédiat.

Lundi à 13 h 30, à la reprise du procès Dumas, dont Sirven est finalement le prévenu le plus attendu, la présidente de la XIe Chambre correctionnelle a simplement décidé de renvoyer à mercredi la suite du procès. Jugé pour «abus de biens sociaux», l'«homme invisible» de ce procès, sur lequel les autres prévenus n'ont cessé de se décharger des accusations qui pesaient sur eux, devrait apparaître dans le box pour être entendu, lui aussi. Tout indique cependant que l'homme à la longue cavale demandera, comme c'est son droit, un report de plusieurs semaines des débats afin qu'il puisse préparer sa défense. En trois ans d'absence, il n'a pas eu accès au dossier, et il ne connaît rien des déclarations de ses coprévenus.

Que disent-ils, ses coaccusés? Que c'est lui qui aurait ordonné l'embauche de Christine Deviers-Joncour; que c'est à lui qu'on doit l'achat d'un appartement de luxe, rue de Lille, pour Christine Deviers-Joncour (coût: 17 millions de FF); qu'il est à la source, enfin, des versements successifs qui ont permis à l'ex-maîtresse de Roland Dumas de toucher pas moins de 64 millions de FF.

Sur le plan de la procédure, rien n'exclut qu'après avoir été entendu en audience, l'homme fasse l'objet d'un complément d'enquête pour vérifier ses dires. Mais Sirven ne sera pas quitte – si l'on peut dire – pour autant. Car le procès Dumas ne constitue que la partie émergée d'un ensemble d'affaires, dont il aura tiré les fils. Dès son arrivée à Paris, il devrait être présenté, estime-t-on ici, aux juges d'instruction Eva Joly et Laurence Vichnievsky, qui doivent lui notifier deux mandats d'arrêt délivrés contre lui. Il s'agit de la fameuse vente de frégates militaires à Taïwan, où il est poursuivi pour «tentative d'escroquerie», et des détournements de fonds de la société Elf (3 milliards de FF au total), affaire dans laquelle il est recherché pour «abus de biens sociaux et recel».