Gaspare Spatuzza était entendu à Turin par des magistrats de la cour d’appel de Palerme qui doivent juger en appel le sénateur Marcello Dell’Utri, condamné en première instance à neuf ans de prison pour liens avec le crime organisé.

Il a affirmé que son boss Giuseppe Graviano s’était félicité en 1994, après une campagne d’attentats sanglants de la mafia, «d’avoir tout obtenu grâce au sérieux de ces personnes» avant de citer nommément messieurs Berlusconi et Dell’Utri. Selon lui, Giuseppe Graviano s’était vanté que la mafia sicilienne avait «grâce au sérieux de ces personnes, le pays entre ses mains» et que «tout le monde en tirerait profit y compris ceux (les mafieux) qui sont en prison». Le repenti a indiqué que son boss «était content comme quelqu’un qui vient de gagner au loto ou d’avoir un enfant».

Selon des déclarations à la justice de Gaspare Spatuzza faites fin 2008 et répétées en détail vendredi, Berlusconi et Dell’Utri auraient été les interlocuteurs privilégiés dans le monde politique du boss mafieux au moment où la mafia commettait une série d’attentats sanglants en 1993. L’année suivante, les deux hommes le parti Forza Italia et Silvio Berlusconi remportait les législatives.

La Cour d’appel de Palerme a été déplacée pour raisons de sécurité à Turin. Le repenti a témoigné en présence du sénateur Dell’Utri. Il était masqué par un paravent blanc pour ne pas être reconnu et sous très haute protection policière. Le statut de repenti lui permet de bénéficier d’une réduction des condamnations à son encontre.

Avant sa déposition, Dell’Utri, interrogé par les journalistes, avait nié catégoriquement connaître ou avoir jamais rencontré Giuseppe Graviano et avait accusé la mafia de «vouloir faire tomber le gouvernement» Berlusconi avec les déclarations de Gaspare Spatuzza. «Tranquille et optimiste»

Silvio Berlusconi, qui n’est pas impliqué dans cette affaire, avait qualifié la semaine dernière la publication par la presse de l’interrogatoire de Gaspare Spatuzza sur ses liens présumés avec la mafia, «d’attaque la plus incroyable et ignoble qu’il ait subie ces dernières années».

Selon des sources gouvernementales citées par les médias italiens, Berlusconi était «tranquille et optimiste» et a fait des plaisanteries vendredi matin en conseil des ministres. Il a qualifié d’«absurde machination» les accusations du repenti en soulignant que son gouvernement était celui qui a le plus fait contre la mafia.

Le chef du gouvernement italien aurait également dû comparaître vendredi à Milan, dans le cadre d’un procès pour corruption. L’audience a toutefois été reportée au 15 janvier, la justice milanaise ayant admis que Monsieur Berlusconi ne pouvait se présenter devant la cour.

Le Cavaliere est accusé d’avoir «acheté» pour 600 000 dollars le silence de son ex-avocat britannique David Mills dans deux procédures des années 90. Les nouvelles audiences sont prévues les 15, 29 et 30 janvier puis les 13 et 27 février.