«Une nouvelle marche a été programmée pour le samedi 13 […] qui est un jour non ouvré. Elle sera suivie d’un meeting à la place de l’indépendance. L’opposition entend ainsi maintenir la pression populaire», raconte le Journal du Cameroun.

Au Togo, depuis la validation par la commission électorale, samedi 6 mars, des résultats du scrutin, la tension ne faiblit pas. Le président sortant Faure Gnassingbé a été désigné vainqueur au premier tour avec près de 61% des voix contre 34% pour Jean-Pierre Fabre, le candidat de l’Union des forces du changement (UFC). Cette formation, la principale de l’opposition a dénoncé une fraude massive. L’avis de la commission électorale a provoqué le départ des membres estampillés UFC, relatait le portail Afriquejet: «Des représentants de l’Union des forces de changement au sein de la Commission électorale nationale indépendante du Togo ont quitté cette instance de supervision samedi en début de soirée, invoquant «un manque de transparence et de crédibilités des résultats».»

Nouvel épisode ce mardi 9 mars. Le pouvoir interdit un rassemblement des opposants, au motif, relate RFI, que «les manifestations sur la voie publique ne peuvent être organisées les jours ouvrables parce qu’elles perturbent l’activité». Cité par la radio, le colonel Titikpina, ministre de la Sécurité, prévient: «les opposants ne reconnaissent pas la victoire du président Faure Gnassingbé. Ils sont en train d’organiser la résistance, ils en subiront les conséquences».

La manifestation a néanmoins eu lieu, et elle a été dispersée par la police. RFI raconte encore: «D’un côté, policiers et gendarmes casqués, matraques en main, s’étaient déployés aux premières heures du jour, quadrillant tout le secteur pour empêcher les manifestants d’affluer; de l’autre, plusieurs centaines de militants, des jeunes pour la plupart. Ils chantaient, ils criaient: «On nous a volé notre victoire. Le Togo n’est pas une monarchie.» Ils disaient aussi leur colère d’être ainsi empêchés de manifester: «Nous sommes venus les mains nues, sans gourdins ni machettes», lançait un jeune. «On voulait juste montrer à la communauté internationale que nous avons aussi le droit à la démocratie au Togo. Il faut que la France nous aide», a-t-il ajouté.»

Le même jour, une descente au siège de l’UFC a été décrite ainsi par le site d’opposants IciLomé: «Ce mardi vers 13 heures, un escadron de gendarmerie a fait irruption au siège informatique de l’UFC à Lomé. Ces hommes en arme ont confisqué l’ensemble des procès-verbaux et des résultats de l’élection présidentielle du 4 mars qui donnent Jean-Pierre Fabre largement vainqueur devant Faure Gnassingbé.»

L’auteur d’un blog hébergé par Libération n’est pas moins tendre: «L’opposition s’est auto-proclamée gagnante, dès le 5 mars, avant de dénoncer le bourrage des urnes et l’annonce de résultats sans possibilités de recoupements. Le tout, sous les yeux de 130 observateurs de l’Union européenne (UE), qui se sont bornés à constater que «l’élection s’est déroulée dans le calme, en dépit d’un cadre non consensuel». Faure, qui n’a que 43 ans, ferait sans doute des économies en supprimant les élections une fois pour toutes, au lieu de se faire plébisciter tous les cinq ans, pendant des décennies. Neuf millions d’euros ont été déboursés par l’UE pour organiser cette nouvelle farce électorale, sur laquelle la France ne s’est pas encore prononcée.»

A ce propos, relayées par l’AFP, les autorités françaises se sont bornées à un appel au calme: «La France exhorte les Togolais au «sens des responsabilités» et à résoudre tout contentieux électoral dans le cadre des «procédures légales», a indiqué mardi le ministère des Affaires étrangères, rappelant que les résultats de la présidentielle étaient encore «provisoires».»

A propos des observateurs de l’UE, le correspondant de Jeune Afrique nuance. Evoquant l’Union africaine, qui a adoubé les résultats de l’élection, il indique que «cette position diffère quelque peu de celle de l’Union européenne: sa mission d’observation électorale dit avoir constaté des «irrégularités» lors de l’élection (concernant essentiellement la campagne électorale plutôt que le vote) selon un rapport provisoire.» Le correspondant ajoute: «Le rapport final doit être rendu public d’ici deux mois, mais on voit mal désormais ce qui pourrait empêcher Faure Gnassingbé d’entamer son nouveau mandat».

Le mouvement s’élargira-t-il, ou ira-t-il au contraire en s’essoufflant? «La contestation continue mais l’UFC peine à mobiliser son électorat», juge-t-on sur le portail AfriScoop. À Lomé, ce samedi risque d’être tendu.

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