La fin de la crise? Le très controversé président pakistanais Asif Ali Zardari est rentré au Pakistan, lundi 19 décembre, après deux semaines de retraite médicale à Dubaï au plus fort d’une tempête politique qui secoue le pays depuis l’éclatement du scandale dit du «memogate».

Asif Ali Zardari retrouve un Pakistan où la tension entre son gouvernement issu du Parti du peuple pakistanais (PPP), le parti de la dynastie Bhutto et l’armée est à son comble. Historiquement, le PPP incarne la résistance du pouvoir civil aux tentations putschistes de l’armée, qui a dirigé le Pakistan plus de la moitié de son existence. Mais vu la gravité de l’affaire, les chefs de l’armée trouvent aujourd’hui sans difficulté de multiples relais dans le pays – la Cour suprême, les partis d’opposition, les médias – pour marginaliser un chef d’Etat dont le bilan de trois ans à la tête du Pakistan suscite un désenchantement général.

Offre d’aide aux Etats-Unis

Le scandale est parti d’un mémorandum transmis par un officiel pakistanais le 10 mai à Washington à l’amiral Mike Mullen, alors chef d’état-major interarmées. Ce document proposait à l’administration de Barack Obama d’aider le gouvernement civil pakistanais à rogner les ailes politiques de l’armée, dont l’emprise sur les affaires stratégiques du Pakistan, et en particulier ses liens troubles avec des groupes djihadistes opérant en Afghanistan ou en Inde, a toujours été une source de frictions avec les Etats-Unis. En échange du soutien américain, les inspirateurs du plan s’engageaient à faciliter la tâche de Washington au Pakistan sur un certain nombre de dossiers à ses yeux cruciaux: lutte contre Al-Qaida et les sanctuaires d’insurgés afghans, supervision de l’arme nucléaire.

L’homme de l’ombre

Remis à l’amiral Mullen neuf jours après le raid d’Abbottabad, au cours duquel Oussama Ben Laden a été tué par un commando des forces spéciales américaines, le mémorandum appelait à agir au plus vite en arguant des menaces d’un coup d’Etat ourdi par une armée pakistanaise humiliée par l’événement.

Cinq mois après les faits, l’affaire a été divulguée par un homme d’affaire américain d’origine pakistanaise, Mansoor Ijaz, sous la forme d’une tribune parue le 10 octobre dans le Financial Times. Mansoor Ijaz y révélait qu’il avait été sollicité par un «diplomate pakistanais de haut rang» pour l’aider à avoir accès à l’amiral Mullen. Homme de l’ombre familier des affaires stratégiques sensibles, Mansoor Ijaz a ses entrées dans les allées du pouvoir à Washington. Il se serait acquitté de sa mission d’intermédiaire. Mais l’amiral Mullen ne donna pas suite à l’offre de service, estimant le mémorandum «peu crédible», comme il l’assurera lui-même plus tard. La publication de la tribune du FT a déclenché un séisme politique au Pakistan. S’estimant visé par une «conspiration», le général Ashfaq Parvez Kayani, chef d’état-major de l’armée, a imposé au président Zardari la démission de l’ambassadeur pakistanais à Washington, Hussein Haqqani, identifié par l’homme d’affaires Mansoor Ijaz comme le fameux «diplomate de haut rang». Le général n’a apparemment pas l’intention d’en rester là. Vendredi 16 décembre, il a solennellement demandé une enquête sur l’origine du mémorandum qui a, selon lui, un «impact sur la sécurité nationale».

Le président Zardari est-il le grand inspirateur du «mémo»? Une enquête a été diligentée par la Cour suprême à la demande de l’opposition, consacrant de facto une sorte d’alliance de forces hostiles au président. Dans cette atmosphère délétère, des rumeurs de coups d’Etat ont ressurgi. «Mais cette hypothèse est peu vraisemblable, soutient Saifullah Khan Mahsoud, directeur du Fata Research Center (FRC) à Islamabad. Tous les partis ont déjà mis en garde contre une initiative anticonstitutionnelle. Il serait très difficile pour l’armée de se lancer dans une telle aventure». En revenant au pays, le président Zardari veut montrer qu’il n’a pas renoncé à se battre.