Près d'un millier de bulletins de vote dérobés lors d'un scrutin interne, un président qui oublie de déposer la liste de son candidat aux élections municipales: en ce début d'année, une succession d'épisodes tragi-comiques est en passe de décrédibiliser le Parti social-démocrate (SPD), le plus vieux parti d'Allemagne. Sept ans de participation au pouvoir à Berlin auront coûté au SPD non seulement la perte de la plupart de ses bastions mais aussi sa légendaire organisation locale.

Débâcle à Hambourg

A Hambourg, que le SPD avait dirigé durant plus d'un demi-siècle après la Seconde Guerre mondiale, la totalité de la direction du parti a finalement pris la décision de démissionner, mercredi matin, après la découverte du vol d'un millier de bulletins de vote. Le scrutin interne organisé dimanche aurait dû trancher dans la crise d'autorité qui mine le parti local depuis des mois. Quelque 11000 membres avaient à choisir qui, du président Mathias Petersen ou de sa vice-présidente Dorothee Stapelfeldt, devrait être le candidat du parti contre le bourgmestre actuel, Ole van Beust (CDU), lors des prochaines élections dans la ville-Etat; 1459 membres avaient voté par correspondance, mais au moment du dépouillement, dimanche soir, il manquait 950 enveloppes.

Le scrutin a tourné à la débâcle générale, bien que le président soit arrivé largement en tête des bulletins restants. Confusion totale, séances de crise, enquête policière et éclat de rire général chez les adversaires libéraux et chrétiens-démocrates, assurés de retrouver leur majorité face à d'aussi piètres organisateurs.

Plus au sud, dans la ville de Wiesbaden, le SPD local a lui aussi été totalement ridiculisé et son comité contraint à la démission. En janvier, son président a tout simplement oublié de déposer dans les délais la candidature du prétendant socialiste à la mairie de la riche capitale du Land de Hesse. Les élections se dérouleront le 11 mars sans candidat social-démocrate, alors que depuis des mois le SPD placardait partout le portrait de son candidat Ernst-Ewald Roth, un prêtre très populaire.

Dans le Land de Hesse, précisément, mais aussi dans l'ancien bastion social-démocrate de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le SPD sort à peine de luttes internes très vives pour désigner les nouveaux patrons régionaux. Dans les deux cas, ce sont des femmes, Andrea Ypsilanti, en Hesse, et Hannelore Kraft, en NRW, qui se sont imposées, mais la confrontation interne a laissé les deux formations régionales très affaiblies.

En Bavière, le SPD ne profite même pas des déchirements internes à la CSU pour la succession du ministre-président Edmund Stoiber.

Crise de structure et d'idées

Pour les commentateurs de la vie politique allemande, la multiplication de ces incidents est révélatrice de la crise de structure et d'idées que traverse le parti au niveau fédéral. En quelques mois, il a perdu son chancelier Gerhard Schröder, puis son président Franz Müntefering et son bref successeur Matthias Platzeck. Et l'actuel président, Kurt Beck, malgré sa bonhomie, n'arrive pas à asseoir son autorité et à restructurer le parti, alors que les responsables locaux sont entièrement préoccupés par leur carrière.

Chaque mois, le SPD perd 2000 à 3000 membres, dans son électorat traditionnel: employés, techniciens, métallos. Certes, le SPD, en perte de vitesse dans les sondages ces derniers mois, a profité de la zizanie provoquée par la politique familiale dans le camp conservateur pour redresser sa courbe de popularité. Mais d'autres dissensions plus graves l'attendent: le ministre des Finances, Peer Steinbrück, a laissé entendre que si le SPD ne soutenait pas son projet de descendre en dessous de 30% pour l'imposition des entreprises, il pourrait quitter son poste.