Wen Jiabao, le chef du gouvernement chinois, a le visage tiré. De la cabine de son avion qui le mène de la province du Henan (centre du pays) à celle du Sichuan (centre ouest), quasiment incapable de dégager ses yeux de sa feuille, il annonce le texte qu'il vient d'écrire à l'intention de la population chinoise. «Mes camarades citoyens, face à un tel désastre, nous avons besoin de calme, de confiance, de courage et d'une organisation efficace.» A l'image de la puissance du choc qui a touché son pays, son sourire, réputé dans toute la Chine, a disparu.

Même si l'après-midi est encore loin d'être terminée, la rapidité du voyage du chef du gouvernement confirme que les dommages du tremblement de terre d'une magnitude de 7,8 sur l'échelle de Richter, qui a touché le Sichuan à 14h28 heure locale, sont bien supérieurs aux quatre morts alors annoncés par l'agence de presse officielle chinoise. Wen Jiabao ne se doutait pas que, treize heures plus tard, le bilan officiel partiel s'élèverait à 8693 morts. L'onde de choc a été ressentie dans l'ensemble du pays et jusqu'en Thaïlande. Les plus hautes tours de la région ont été évacuées pour prévenir tout contre-choc.

Dans l'imaginaire populaire

Dans ses vêtements traditionnels noirs, le premier ministre semble avoir vieilli de dix ans en quelques heures. Sans doute n'a-t-il pas oublié que les tremblements de terre étaient autrefois interprétés comme le signe du mécontentement du ciel envers les dirigeants de l'empire chinois. Un mois et demi avant la mort de Mao Zedong, la terre avait ainsi remué à Tangshan (aux abords de Pékin), tuant officiellement 242419 personnes, officieusement jusqu'à quatre fois plus. Ce séisme reste encore perçu dans l'imaginaire populaire comme un jugement céleste à l'encontre du dirigeant chinois et de la «Bande des quatre» qui avait alors pris le pouvoir.

Lundi, les médias nationaux n'ont pas tardé à se mettre en branle autour de l'accident. CCTV1, la chaîne de télévision nationale de nouvelles, a mis en place une émission spéciale. Des sismologues, qui exposent sur des cartes la situation géographique du comté de Wenchuan (l'épicentre du séisme) et des villes alentour, alternent avec des reportages dans les provinces sinistrées. En dehors du Sichuan, le Gansu, le Shanxi et la municipalité autonome de Chongqing ont annoncé de nombreux morts et disparus.

Un à un, les journalistes dévoilent des immeubles écroulés, réduits à l'état de débris, des bâtiments fendus. Une école de dix-huit classes d'environ cinquante élèves s'est effondrée dans le village de Dujiangyan, à une centaine de kilomètres de l'épicentre. Tandis qu'une femme pleure son fils sous les décombres, deux fillettes disent s'être échappées car elles «couraient plus vite que les autres. A environ 14h30, le bâtiment a soudain commencé à remuer dans tous les sens.» Les images ne montrent que des tas de pierres et de béton, des morceaux de ferraille sortis de terre. Des hommes, montés sur des amoncellements de béton, essaient d'extraire des élèves. «Nous sommes sortis en courant de chez moi quand le séisme a frappé», raconte l'un d'entre eux, dont la maison est située à proximité de l'école.

Après la panique, l'action

Alors que les minutes s'écoulent, l'Etat chinois reprend les choses en main. Wen Jiabao réapparaît à l'écran. Il a changé de tenue, son ton est plus assuré. Entouré de militaires et d'aides de camp, il donne des ordres à ceux qui l'entourent. Après le choc, l'heure est à l'action. Comme il l'avait annoncé plus tôt dans son avion, «nous pouvons dépasser le désastre avec le travail commun du public et des soldats sous la direction du comité central du Parti communiste et du gouvernement.» Dans les minutes qui ont suivi le choc, le commandement militaire de la région de Chengdu, la capitale du Sichuan, avait d'ailleurs annoncé la mise en alerte et l'envoi de 5000 membres de l'armée et de la police armée. Après quelques heures de panique, l'appareil d'Etat est de nouveau sur les rails.