«Si vous me demandez quel serait mon souhait, ce serait un référendum européen.» Romano Prodi rêvait à voix haute, en octobre dernier, en imaginant que les citoyens de l'Europe des Vingt-Cinq seraient appelés à se prononcer ensemble sur la nouvelle Constitution européenne. Alors que les discussions pour parvenir à un texte final ne sont pas encore achevées – elles devraient l'être en juin prochain –, il est clair que ce «rêve» ne se réalisera pas. Les Vingt-Cinq vont aborder en ordre dispersé la question de la Constitution qui, nouveau traité liant les Etats membres, doit être adoptée par chacun, soit par les urnes soit dans les parlements nationaux. Un seul rejet, quel qu'il soit, serait en principe fatal au texte.

Le Royaume-Uni a donc rejoint hier l'Irlande, qui jusqu'ici était le seul pays où la tenue d'un référendum contraignant était constitutionnellement inévitable. Le Luxembourg et le Danemark avaient eux aussi annoncé qu'ils allaient consulter leurs citoyens, même si leurs textes fondamentaux ne les y obligeaient pas forcément.

Les Pays-Bas peuvent encore changer d'avis, tout comme la Pologne, la République tchèque, la Lettonie et le Portugal qui penchent plutôt pour. Le président du Conseil italien Silvio Berlusconi a lui aussi fait part, sans s'engager, de sa faveur pour une consultation populaire, tout comme José Maria Aznar – dont le successeur, José Luis Zapatero, ne s'est pas encore prononcé – à l'époque où il veillait encore aux destinées espagnoles. Le premier ministre Jean-Pierre Raffarin a cru pouvoir prendre position pour un référendum. Mais si le débat est très vif en France et que l'opinion publique semble majoritairement vouloir cette consultation, le président de la République Jacques Chirac réserve prudemment sa réponse. «Certains croient que la décision britannique va mettre la pression sur la France», notait hier un fonctionnaire européen, qui remarquait toutefois que Paris pouvait très bien choisir de s'aligner sur Berlin, car en Allemagne le référendum n'existe pas. Quand à la Belgique, même si un certain intérêt s'y fait jour, elle craint le facteur de division entre ses deux communautés linguistiques que pourrait représenter une consultation de ce type.