Le gouvernement nationaliste hindou de Atal B. Vajpayee est pris dans une tourmente sans précédent. Dernière victime, son ministre de la Défense, George Fernandes, qui a dû, jeudi, remettre sa démission. Auparavant, plusieurs officiers et fonctionnaires ainsi que Bangaru Laxman, le président du Bharatiya Janata (BJP), parti du premier ministre et principale composante de la coalition au pouvoir, avaient dû quitter leur fonction.

Aux sources de ce scandale, le site Internet Tehelka.com voué aux nouvelles online. L'un de ses journalistes a entrepris de piéger plusieurs politiciens, hauts fonctionnaires et officiers. Se faisant passer pour le commis d'une société de vente d'armes inventée de toutes pièces, il a offert de modestes commissions à ses interlocuteurs – quelques milliers de dollars – pendant qu'une caméra cachée filmait la scène. Ceux qui ont accepté se sont retrouvés mardi en vedette sur le site de Tehelka.com qui diffusait les bandes vidéos.

L'histoire ressemble à un canular mais l'affaire menace aujourd'hui directement le gouvernement. Toutes les télévisions indiennes ont immédiatement repris les images de Tehelka.com et l'opposition politique s'est ruée sur l'occasion. Mercredi, le parlement a été submergé par le scandale. Sans tenir compte de l'ordre du jour, l'opposition a réclamé le départ du gouvernement, tandis que certains partis de la coalition demandaient la tête du ministre de la Défense et une enquête indépendante. Selon la presse indienne, certains parlementaires en sont presque venus aux mains. Dans plusieurs Etats indiens, les parlementaires locaux se sont aussi vertement expliqués.

Enormité du piège

La presse s'en donne à cœur joie, soulignant l'énormité du piège: «Peut-on garder son sang-froid lorsque des membres des plus hautes sphères de notre establishment militaire se laissent avoir par une blague aussi vulgaire?» se demande ironiquement l'Indian Express.

George Fernandes n'est pas directement impliqué dans le scandale. Il paie, en revanche, pour l'implication d'une proche. En s'empressant d'exiger des démissions, beaucoup dans l'opposition estiment que la coalition a implicitement reconnu la validité des accusations de corruption, qui surprennent peu dans un pays où le vieux parti du Congrès a sombré à cause des scandales. Le BJP avait affermi son pouvoir grâce aux essais nucléaires et à son affrontement militaire avec le Pakistan; la chute de son ministre de la Défense l'affecte donc particulièrement aujourd'hui.