Didier Migaud, qui était jusqu’à présent président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, a été nommé mardi en Conseil des ministres en remplacement de Philippe Séguin, grande figure de la vie politique française décédé début janvier, a annoncé la ministre de l’Economie Christine Lagarde. Ce poste très prestigieux avait toujours été confié jusqu’ici à un homme de la même tendance que le pouvoir en place. Didier Migaud, 57 ans, député de l’Isère (centre-est), est un proche de l’ancien Premier ministre Laurent Fabius au sein du parti socialiste.

A la présidence de la commission des Finances, un poste qui, avant l’arrivée au pouvoir de M. Sarkozy, était également toujours confié à un représentant de la majorité parlementaire, il a su tenir l’équilibre entre son rôle institutionnel et ses critiques constantes contre la politique économique du gouvernement, estiment nombre de députés de tous bords.

Le député dénonce régulièrement le coût des exonérations fiscales du gouvernement qui ont coûté, selon lui, 22 milliards à l’Etat sur trois ans. Selon l’ancien ministre socialiste de la Culture et de l’Education Jack Lang, qui a été chargé de plusieurs missions internationales par Nicolas Sarkozy, cette nomination est «un geste fort d’ouverture intellectuelle et politique qui, à ma connaissance, ne comporte, en ce domaine, aucun précédent».

Un choix historique

Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a qualifié cette nomination de «choix historique». «Le fait de nommer à la tête de l’organe de contrôle un responsable politique de l’opposition notamment au moment où la Cour des comptes s’est vue autoriser l’audit et le contrôle de l’Elysée, c’est un signe fort de la part du président de la République et du gouvernement», a-t-il insisté.

Pendant le Conseil des ministres, Nicolas Sarkozy a rappelé la signification de l’ouverture aux personnalités de gauche pratiquée depuis son élection en 2007. C’est «un état d’esprit à la tête d’un pays qui a besoin de tolérance», selon les termes du chef de l’Etat rapportés par Luc Chatel.

Nicolas Sarkozy, dont la famille politique risque un revers aux élections régionales des 14 et 21 mars, a nommé cinq ministres ou secrétaires d’Etat venant de la gauche, dont le plus connu est le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Il a aussi confié des missions importantes à des personnalités socialistes. Qualifiées de «débauchages» par la gauche, ces nominations ont aussi fait grincer quelques dents dans les rangs de la droite.