Obama-Xi: un sommet sous fortes tensions

Etats-Unis Le président chinois est en visite d’Etat aujourd’hui à la Maison-Blanche

Le cyberespionnage et le climat seront au cœur des discussions

Quand l’économie chinoise ralentit, c’est la planète entière qui prend peur. Quand la Réserve fédérale américaine songe à relever ses taux directeurs avant de se raviser, l’émoi est planétaire. Ces deux exemples suffisent à montrer pourquoi la visite d’Etat du président chinois Xi Jinping aujourd’hui à Washington est si importante. Elle l’est d’autant plus qu’entre les deux premières puissances économiques et militaires mondiales, les tensions ne manquent pas. L’administration américaine est convaincue que le gouvernement chinois est au courant voire même soutient les cyberattaques contre des agences fédérales ou des entreprises aux Etats-Unis.

Illustration de l’évolution du jeu de puissance qui se joue entre Pékin et Washington: pendant que le président Barack Obama était en visite en Alaska, cinq navires de guerre chinois effectuaient pour la première fois un passage inoffensif et légal dans les eaux internationales de la mer de Béring, non loin des côtes américaines.

Pour Washington, qui n’oublie pas que la Chine reste, avant le Japon, son plus grand créancier (elle détenait 1200 milliards de bons du Trésor américain en juillet), la relation sino-américaine est indispensable, mais aussi d’une rare complexité. La Maison-Blanche a jugé nécessaire de réserver au dirigeant chinois une visite d’Etat malgré un contexte politique tendu. Aux Etats-Unis, ils sont plusieurs à penser que l’administration démocrate a cru trop vite que le président chinois allait être un interlocuteur plus coopératif. «C’est une vision répandue, souligne Michael Swayne, spécialiste des relations sino-américaines à la Carnegie Endowment for International Peace à Washington (lire ci-dessous). Mais elle est trompeuse. L’administration ne se faisait pas d’illusion. L’affirmation de la puissance chinoise a déjà commencé lors du mandat de son prédécesseur Hu Jintao qui a mené une politique plus agressive en mer de Chine du Sud.»

Le moment de ce sommet tombe plutôt bien, estime-t-on à dans la capitale américaine, au vu du ralentissement économique chinois qui met Pékin sous pression. Codirecteur du US-Asia Institute à New York, Jerome Cohen relève dans une tribune publiée dans le Washington Post que la pompe avec laquelle Xi Jinping est reçu ne doit pas tromper: ce dernier est «un leader qui manque d’assurance» bien qu’il soit parfois décrit comme «le plus fort dictateur depuis Mao».

Trois points forts devraient être au menu du sommet: le cyberespionnage, le climat et sans doute la Corée du Nord dont les menaces nucléaires indisposent tant Pékin que Washington. Voici quelques semaines, le Bureau de gestion du personnel chargé de gérer les dossiers des fonctionnaires au sein de l’administration a été victime d’un piratage massif de données qui pourraient toucher jusqu’à 18 millions de personnes. Face à ce scandale, des candidats à l’investiture républicaine pour la présidentielle 2016 ont exhorté Barack Obama à annuler la visite de Xi Jinping.

En visite à Seattle mercredi, Xi Jinping a pu lui-même mesurer en direct l’inquiétude croissante des milieux d’affaires américains face à l’espionnage commercial chinois. Selon le US-China Business Council, les dirigeants de l’économie étaient encore 58% en 2010 à manifester leur optimisme par rapport aux perspectives de développement en Chine. Ils ne sont aujourd’hui plus que 24%. «A cet égard, les récents propos catégoriques de Xi Jinping me laissent songeur, ajoute Michael Swayne. Il déclarait que la Chine n’a absolument rien à voir avec le cyberespionnage. Soit le président en a connaissance et ne peut pas l’avouer publiquement, soit il n’est pas au courant de ce qui se passe dans son pays.» Un fait semble confirmer la première hypothèse. Responsable de la sécurité intérieure en Chine, Meng Jianzhu vient de passer deux semaines à Washington et a sans doute longuement parlé du problème à un moment où la Maison-Blanche envisageait d’imposer des sanctions à Pékin.

Barack Obama rencontre Xi Jinping pour la cinquième fois. Il est de loin le président qui a le plus investi dans les contacts avec les dirigeants chinois. Ayant fait de la lutte contre le changement climatique l’une de ses priorités de fin de mandat, il a, comme Pékin, un intérêt à permettre une percée diplomatique en décembre prochain (COP21) à Paris. Les dirigeants des deux puissances les plus pollueuses de la planète avaient surpris en novembre 2014 en annonçant des engagements ambitieux pour réduire leurs émissions de CO2. Pour Obama, il est question de laisser une marque dans l’Histoire. Pour Xi, c’est une manière de contenir le mécontentement populaire face à la pollution endémique des villes chinoises.

Les milieux d’affaires américains sont de plus en plus inquiets de l’espionnage commercial de Pékin