Derrière les éditoriaux indignés, le vote suisse sur les minarets suscite en France une approbation gênée, muette, mais peut-être majoritaire. L’attitude de Nicolas Sarkozy est d’ailleurs révélatrice. «Les gens, en Suisse comme en France, ne veulent pas que leur pays change, qu’il soit dénaturé», disait-il mardi devant des élus de son parti. Mais l’Elysée s’est bien gardé de rendre ce point de vue officiel.

Les médias, qui ont décrit le système suisse de démocratie directe comme la porte ouverte à tous les dérapages, en ont pris pour leur grade. Après s’être prononcée en ce sens sur son blog, la cheffe du service politique du Parisien a reçu, de son propre aveu, une «volée de bois vert» de ses lecteurs. Le sujet a aussi suscité un «record de réactions» sur le site du journal. Malgré cet intérêt, nombre des responsables politiques préfèrent esquiver la question. Par peur de froisser, ou de s’emparer d’un thème perçu comme trop explosif.

Le plus surprenant est de voir des personnalités socialistes approuver la décision suisse, au nom de la défense de la laïcité. Ce fut le cas, mercredi, du député Jean Glavany face à Tariq Ramadan. Cette sensibilité permet de comprendre l’embarras d’une partie de la gauche. Libération n’a pas reparlé du sujet depuis mardi. Il semble que nombre de lecteurs, et même des rédacteurs, n’aient pas apprécié son titre initial sur le «vote de la honte».