L'arrestation de Khalid Cheikh Mohammed récompense le patient travail mené par les spécialistes suisses qui enquêtent sur le réseau d'Oussama Ben Laden. Depuis des mois, en effet, ils ont suivi à la trace cette tête pensante du réseau terroriste grâce à son téléphone, a appris Le Temps de sources concordantes.

Selon nos informations, les enquêteurs suisses ont retrouvé l'an dernier tous les numéros que ce haut responsable d'Al-Qaida a composés ainsi que tous les appels qu'il a reçus durant une longue période. Un méticuleux travail de recoupement a ensuite permis de le localiser au Pakistan. Il a fallu encore plusieurs mois aux agents de renseignements pakistanais et américains pour débusquer «KSM» – comme le surnomment les initiés – dans sa cachette de Rawalpindi, où il aurait résidé depuis le mois de janvier.

Au cours de la traque, les Suisses ont collaboré étroitement avec d'autres services de renseignement, notamment britanniques. La masse d'informations recueillies à travers le téléphone de KSM a permis de découvrir la piste d'autres membres d'Al-Qaida dans le Golfe et en Asie, ce qui a valu à la Suisse les louanges des Britanniques et des Américains, notamment du ministre de la Justice, John Ashcroft.

Selon nos sources, le Ministère public de la Confédération (MPC) a formellement ouvert une enquête pénale contre Khalid Cheikh Mohammed. En droit suisse, seule une procédure de ce type permet aux autorités d'avoir accès aux informations conservées par les opérateurs comme Swisscom, et à «l'historique» d'un appareil téléphonique, c'est-à-dire les numéros composés et ceux des appels reçus. La porte-parole du MPC, Andrea Sadecky, n'a pas souhaité commenter «dans l'immédiat» cette information.

Au début de cette année, le chef du Service d'analyse et de prévention de l'Office fédéral de police, Urs von Daeniken, avait révélé que les autorités helvétiques disposaient d'une «piste» concernant l'attentat contre la synagogue de Djerba, en Tunisie, le 11 avril 2002. Révélation qui se lit aujourd'hui comme une allusion à «KSM», puisque c'est d'ailleurs au moyen de son téléphone que celui-ci aurait ordonné le déclenchement de l'opération.