Un Sud-Africain blanc qui obtient l’asile politique au Canada pour échapper au racisme, c’est le monde à l’envers! C’est pourtant ce qui est arrivé, la semaine dernière. Brandon Huntley, 31 ans, un adepte des arts martiaux au crâne rasé, vit illégalement à Ottawa depuis 2006. Pour tenter d’obtenir des papiers, il essaie de s’enrôler dans l’armée, épouse une Canadienne et, finalement, demande l’asile.

C’est parce qu’il est Blanc, dit-il, qu’il n’a pas trouvé de travail dans son pays et qu’il a été attaqué sept fois, volé et même poignardé. Ses agresseurs noirs l’ont même traité de «chien blanc». Il montre des cicatrices sur son corps et, selon son avocat, «des preuves convaincantes de l’incapacité et du manque de volonté de l’Etat (sud-africain) d’assurer sa protection». Le Bureau canadien de l’immigration et des réfugiés le croit. Même si Brandon Huntley n’a jamais porté plainte à la police et si son profil de marginal en fait un témoin peu crédible.

L’octroi de l’asile a provoqué un tollé en Afrique du sud. L’ANC parle de décision «raciste». A Pretoria, le gouvernement est «dégoûté», selon son porte-parole Ronnie Mameopa, qui dénonce «des accusations sans fondement contre notre peuple». Très embarrassé, le gouvernement canadien a décidé, jeudi soir dernier, de faire appel contre la décision du Bureau d’immigration. Selon un journal sud-africain, quelque 600 Sud-Africains auraient obtenu discrètement l’asile dans des pays occidentaux.

Avec 18 000 meurtres par an (27 fois plus qu’en Grande-Bretagne), l’Afrique du Sud est l’un des pays les plus violents de la planète. Une situation qui s’explique surtout par les énormes disparités sociales; les attaques criminelles ont rarement des motivations raciales et la plupart des victimes sont des Noirs.

Mais les Blancs se sentent vulnérables «à cause de l’obsession du gouvernement sud-africain à l’égard des races», selon Willie Spies, la direction d’Afriforum, une organisation afrikaner qui soutient Brandon Huntley. Une obsession qui se traduirait notamment par une volonté de chasser les Blancs des services publics. Ainsi, selon le journal The Star, des enseignants seraient soumis à des menaces physiques et verbales pour les forcer à démissionner. Le journaliste afrikaner Max du Preez déplore toutefois que de nombreux «Blancs refusent de reconnaître combien ils ont bénéficié massivement de l’apartheid. Et cela vaut aussi pour leurs enfants.»