C'est dans un mouchoir de poche, au troisième tour, par 17 voix contre 15, que le candidat de nationalité sud-coréenne Jong Wook-lee a été élu mardi à la tête de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dont le siège est à Genève. Il s'en est donc fallu de très peu pour que Peter Piot, le patron d'Onusida, ne l'emporte. L'élection du successeur de la Norvégienne Gro Harlem Brundtland est une relative surprise: le Sud-Coréen, candidat maison de l'OMS où il travaille depuis dix-neuf ans, est peu connu. Hier, lors d'une conférence de presse, il a annoncé son intention d'œuvrer pour «une plus grande efficacité et une plus grande transparence» de l'OMS, soulignant que «la lutte contre le sida en Afrique est sa première priorité». Il entend aussi affecter une plus grande partie des ressources de l'organisation au travail sur le terrain.

Sa nomination a été fraîchement accueillie dans le monde des organisations non gouvernementales, qui n'avait pratiquement jamais entendu parler de lui. Bernard Peccoul, en charge de la campagne d'accès aux médicaments essentiels de Médecins sans frontière, constate: «Il n'a jamais pris part au débat sur les grandes questions de santé publique. Je crains qu'il ne soit qu'un technicien de la santé politiquement correct qui n'a pas le courage de retrousser les manches pour affronter les vrais problèmes du monde. Sera-t-il prêt à affronter les compagnies pharmaceutiques pour accomplir simplement son mandat et les objectifs fixés par l'OMS?» Les problèmes sont en effet massifs: 4 millions de personnes meurent chaque année du sida, 3 millions de tuberculose, 2 de paludisme… Diplômé de l'Université de Séoul, Jong Wook-lee a été le directeur du programme mondial de l'OMS pour la vaccination puis, plus récemment, a chapeauté ces deux dernières années le programme «Halte à la tuberculose». A partir du 21 juillet, il devra gérer l'OMS, soit quelque 8000 personnes dans le monde avec un budget annuel d'un milliard de dollars.