«Je viens ici simplement pour m'informer, dans le respect de ce pays, de ses traditions et de son histoire.» A son arrivée à Bruxelles, à la fin du mois de mai, Dumeni Columberg, émissaire suisse du Conseil de l'Europe, ne se doutait sans doute pas dans quel guêpier il fourrait les pieds. Les réactions virulentes qui ont suivi la révélation, mardi, des grandes lignes de son rapport sur la situation de la minorité linguistique francophone dans les communes de la périphérie bruxelloise, lui donnent désormais la mesure de la sensibilité du sujet.

Il est vrai que le prudent «inspecteur Columberg» n'y est pas allé par quatre chemins. Le gouvernement flamand, peut-on lire dans son rapport qui sera soumis à l'approbation de l'assemblée du Conseil de l'Europe au mois d'octobre, «devrait cesser d'essayer de réduire les facilités linguistiques des six communes […] en modifiant son plan d'action pour exclure toute tentative d'assimilation en particulier d'assimilation forcée».

Outre le retrait de textes réduisant l'usage du français, Dumeni Columberg invite aussi le gouvernement flamand à «intégrer mais non assimiler les locuteurs d'autres langues en Flandre […], de reconnaître que les membres de la minorité francophone en Flandre ont le droit de conserver leur identité et leur langue propre et de développer la culture qui est la leur».

Toujours plus fort, le rapport conseille enfin au gouvernement fédéral «une renégociation du compromis linguistique», «l'introduction du bilinguisme» et surtout, après un référendum, «un éventuel rattachement des six communes à la Région (bilingue, n.d.l.r.) de Bruxelles-capitale».

C'en est trop pour les partis politiques flamands pour lesquels ces suggestions sont autant de chiffons rouges. «Grotesque», commentait mercredi un sénateur libéral flamand (opposition).

«M. Columberg a démontré qu'il n'a rien compris à nos structures institutionnelles ni aux rapports communautaires. C'est un rapport à sens unique, anti-flamand.»

«Cela ressemble à des idées de personnes qui se croient encore dans la Belgique de papa», a commenté pour sa part le président du Parti social-chrétien flamand, la formation du premier ministre. L'extrême droite flamande a qualifié quant à elle M. Columberg de «complice de la francophonie», parlant d'un affront «jamais vu» à l'égard de 6 millions de Flamands.

La plupart des partis francophones se sont quant à eux réjouis du contenu du rapport. Réagissant aux commentaires flamands, l'un des ténors du Parti libéral a estimé que «les autorités flamandes portent à nouveau atteinte, en raison de leur comportement sectaire, à la réputation de la Belgique au niveau international. L'Europe démocratique de l'Atlantique à l'Oural ne passera pas par la Flandre», a conclu ce ministre régional bruxellois.