Sur la route qui mène au village d’Aknalich, les cheminées de l’unique centrale nucléaire arménienne de Metsamor, vestige soviétique critiqué pour sa vétusté, captent le regard des automobilistes. Mais c’est une construction d’un autre genre qui attire les visiteurs dans la région depuis quelques semaines. Aknalich, bourgade aux ruelles trouées, à une trentaine de kilomètres du tumulte de la capitale, Erevan, abrite désormais le plus grand temple yézidi du monde. En s’enfonçant dans le village, on finit par apercevoir le dôme en forme de cône strié coiffant l’édifice dédié à l’ange paon Malek Taus, plus importante divinité chez les Yézidis.

L’Arménie abriterait 35 000 membres de cette communauté d’ethnie kurde pratiquant le yézidisme, un syncrétisme de religions mésopotamiennes anciennes comme le zoroastrisme et des religions abrahamiques. Non-prosélyte – on naît yézidi, on ne le devient pas –, le yézidisme reste mal connu car très peu ouvert sur l’extérieur. Ce qui a valu à ses fidèles d’être persécutés depuis des siècles au Moyen-Orient. Certains sont venus s’installer dans le Caucase sous domination russe à partir du XIXe siècle, fuyant la répression ottomane.