L'Amérique avait Unabomber, homme des bois misanthrope qui envoyait des colis piégés à des industriels. La France a désormais son postier explosif: Frédéric R., facteur de 31 ans qui a nargué les services de police durant des mois en faisant sauter neuf radars routiers en région parisienne. Dans la nuit de lundi à mardi, la nouvelle bombe qu'il préparait lui a éclaté entre ses mains. Il était mercredi entre la vie et la mort: «Il a été amputé des deux mains, il est brûlé et polycriblé», a indiqué au Temps une source policière.

Avant d'être emmené à l'hôpital, l'homme a glissé: «Je suis de la FNAR.» Ce groupuscule, la Fraction nationaliste armée révolutionnaire, a revendiqué plusieurs attaques contre des radars. Son communiqué du 7 mars, signé «R», exigeait «moins de répression contre les automobilistes» et le renvoi des immigrés clandestins, au nom de la défense de la «culture celte et gréco-romaine» de la France. Un DVD sur la vie d'Adolf Hitler et un autre sur Lénine ont été retrouvés à son domicile, modeste deux-pièces de la banlieue.

L'affaire illustre la menace que peuvent représenter des individus isolés, mais dotés d'une bonne connaissance des explosifs. Le postier a longtemps pu «tourner en bourrique» les enquêteurs, de leur propre aveu, parce qu'il agissait dans un secret absolu: «Avant qu'il se fasse sauter, on n'avait rien», admettait l'un d'eux hier. Son voisin de chambre, qui était aussi son meilleur ami, a toutefois été interpellé pour vérifier s'il a pu lui servir de complice.