Les Israéliens ne représentent plus que 68,5% de l'ensemble de la population de Jérusalem. C'est ce que vient de dévoiler dans son rapport annuel l'institut démographique Jerusalem Institute for Israel Studies. En 1997, les Juifs constituaient 72% des habitants de la ville sainte; en 1998, sur ses 633 000 résidants, près de 200 000 sont Palestiniens. La progression démographique aura été de 3,5% dans la population arabe, contre 1% seulement chez les Juifs.

«Ces pourcentages sont extrêmement significatifs», souligne, non sans une pointe d'inquiétude, Maya Chosen, qui a rédigé le rapport. C'est la première fois depuis la conquête de Jérusalem-Est par l'armée israélienne (lors de la guerre des Six-Jours en 1967) que l'on constate un tel phénomène. «La cause essentielle de ce renversement de tendance est la forte natalité palestinienne et l'augmentation des départs parmi les Juifs.»

Les raisons invoquées par les Israéliens qui ont choisi de quitter la ville sainte pour s'installer dans les cités-dortoirs des environs ou rejoindre les villes de la plaine côtière sont diverses: 10% des partants se disent «laïcs» et excédés par la «coercition religieuse»; 38,6% avancent «le coût excessif» de l'habitat; 18,1% parlent du «manque d'emplois»; 12,5% attribuent leur départ à des motifs familiaux. Ehud Olmert, maire israélien de Jérusalem, réagit en appelant le gouvernement à développer les constructions de logements bon marché en faveur des jeunes couples.

Cependant Ehud Olmert repousse cette partie du rapport qui explique le départ de ces jeunes par le regain de tension entre laïcs et religieux. Il est vrai, toujours selon ce rapport, que les ultraorthodoxes juifs s'en vont aussi: 20% des partants sont des ultraorthodoxes. Et parmi eux, 63,1% insistent sur la «difficulté» de se loger pour les familles nombreuses. Il n'y a que 0,50% d'Israéliens religieux et laïcs à mettre leur départ sur le compte des tensions israélo-palestiniennes.

Même dans les quartiers israéliens construits à Jérusalem-Est au lendemain de la guerre des Six-Jours, il y a baisse de population. Ces quartiers sont peuplés à présent par quelque 37% de la population juive de la ville. Ramat Esckol, Givat Hatzerfatit, Ramot, Gilo et Armon Anatziv forment la première ceinture de quartiers israéliens à encercler le secteur palestinien de Jérusalem. Dans ces grands ensembles de HLM, les jeunes couples n'arrivent pas non plus à trouver un logement accessible à leur bourse. Alors ils vont s'installer plus loin, à la périphérie: à Mevazeret Sion, à l'ouest, ou à Maale Adumim, à l'est, deux localités situées chacune à une dizaine de kilomètres de Jérusalem. Ehud Olmert préconise depuis longtemps d'élargir les limites municipales de la ville sainte au-delà de Mevazeret Sion (40 000 habitants) et des villages des alentours, dans le but évident d'accroître la population juive. Mais les habitants de Mevazeret Sion, soucieux de leur environnement et de leur qualité de vie, se sont opposés jusqu'à maintenant avec succès aux tentatives du maire de Jérusalem de les incorporer dans le Grand Jérusalem.

«Trente-deux ans d'occupation»

«Malgré la politique de nettoyage ethnique à Jérusalem qui s'est manifestée par la confiscation de cartes d'identité à des milliers de Palestiniens, en dépit des expulsions et des destructions de maisons, les faits sont là: Jérusalem-Est demeure arabe», dit Abou Moussa, un collaborateur de Fayçal el-Husseini à la Maison d'Orient, au siège des institutions palestiniennes de Jérusalem-Est. «Après la guerre des Six-Jours, et durant trente-deux ans d'occupation, les Israéliens ont tout fait pour inciter les Palestiniens de la ville à chercher un toit sous d'autres cieux. Ils ne sont pas parvenus à leurs fins.» Et Abou Moussa de remarquer encore: «Le recensement de 1989 indique qu'il n'y avait que 132 000 Arabes chrétiens et musulmans à Jérusalem, aujourd'hui nous avoisinons les 200 000. Pour reprendre une boutade de Yasser Arafat, le ventre des femmes palestiniennes est notre meilleure arme.»